L’Ukraine s’apprête à vivre un tournant politique majeur avec la nomination, ce jeudi, d’un nouveau Premier ministre, le premier depuis le début de l’invasion russe en 2022. Le président Volodymyr Zelensky a choisi Ioulia Svyrydenko, 39 ans, pour succéder à Denys Shmyhal, dans une manœuvre visant à redonner un nouveau souffle à l’exécutif, relancer l’économie et envoyer un signal clair à Washington, et notamment à Donald Trump, dont les décisions pèseront lourdement sur l’avenir de l’aide américaine.
Svyrydenko, seule candidate au poste, est une économiste reconnue, familière des cercles de pouvoir à Washington, et déjà impliquée dans des négociations stratégiques entre Kyiv et les États-Unis. Elle a notamment contribué à un accord majeur offrant à Washington un accès préférentiel aux ressources minières ukrainiennes. Sa nomination est interprétée comme une tentative de réparation diplomatique, après une visite jugée désastreuse de Zelensky à la Maison Blanche en février dernier.
Ce remaniement intervient dans un contexte délicat : les Ukrainiens, bien que réticents à organiser des élections en pleine guerre, réclament des changements à la tête de l’État. Mais le président reste fidèle à son cercle rapproché. Denys Shmyhal, jusqu’ici chef du gouvernement et Premier ministre le plus durable du pays, sera transféré au ministère de la Défense — une décision surprenante à première vue, mais stratégique, selon plusieurs analystes. Le ministère gère le quart du budget national et a été vivement critiqué pour sa désorganisation et les dysfonctionnements dans la chaîne d’approvisionnement militaire.
Le transfert de Shmyhal, profil technocratique et rodé à la gestion des finances publiques, est perçu comme une tentative de mettre de l’ordre dans une institution capitale pour la survie de l’Ukraine. « Ce ministère souffre d’un manque de gestion systémique depuis le début de la guerre », a souligné Hlib Vyshlinsky, directeur du Centre de stratégie économique de Kyiv, qui salue cette réorientation comme une initiative prometteuse.
Sur le plan économique, les défis sont énormes. Le budget 2025 prévoit 53,2 milliards de dollars de dépenses militaires, soit 26 % du PIB, alors même que l’aide étrangère, notamment américaine, devient plus incertaine. L’Ukraine devra trouver environ 40 milliards de dollars de financement extérieur en 2026, sous peine d’affronter un déficit de près de 19 milliards. Cette pression budgétaire accrue accentue l’urgence de convaincre les partenaires internationaux, à commencer par les États-Unis.
L’analyste politique Mykola Davydiuk résume ainsi l’objectif stratégique du président ukrainien : « Pour nous, ce partenariat ne se limite pas à l’argent. Il repose sur des valeurs communes, des projets conjoints et une trajectoire partagée. » En renouvelant son équipe et en plaçant des profils économiques au cœur du dispositif, Zelensky tente de rassurer sur sa capacité à gouverner un pays en guerre, tout en s’alignant sur les attentes de Washington — et plus particulièrement de Donald Trump, acteur central et imprévisible des mois à venir.