N’DJAMENA, 16 mai 2025 — Le procureur de la République du Tchad a annoncé vendredi l’ouverture d’une enquête visant l’ancien Premier ministre et actuel chef de l’opposition, Succès Masra, en lien avec des violences meurtrières survenues cette semaine dans le sud-ouest du pays. Selon le parquet, Masra a été arrêté à son domicile par la police judiciaire. Il est désormais accusé d’incitation à la haine et à la révolte, de complicité de meurtre et de profanation de tombes.
Le procureur Oumar Mahamat Kedelaye a affirmé que l’ancien chef du gouvernement serait impliqué dans un affrontement intercommunautaire ayant fait 42 morts mercredi dans la province du Logone Occidental, dont une majorité de femmes et d’enfants. D’après lui, des appels à la violence auraient circulé sur les réseaux sociaux, incitant les populations locales à s’armer contre une autre communauté résidant dans la même région.
Les membres du parti Transformateurs, fondé et dirigé par Masra, dénoncent une manœuvre politique. L’un d’eux, Sitack Yombatina, a rejeté les accusations, les qualifiant de tentatives de dissimulation de l’incapacité du gouvernement à contenir les tensions communautaires. Une vidéo diffusée plus tôt par Ndolembai Sade Njesada, également membre du parti, montre des hommes armés escortant Masra hors de son domicile, ce que certains ont interprété comme un enlèvement.
La tension politique est vive au Tchad depuis plusieurs années, exacerbée par la prise de pouvoir de Mahamat Idriss Deby en 2021 à la suite de la mort de son père, le président Idriss Deby Itno, tué au front. Succès Masra, alors figure centrale de l’opposition, avait été nommé Premier ministre en janvier 2024 dans un geste d’ouverture. Mais après avoir dénoncé des irrégularités lors de la présidentielle de mai 2024, qu’il affirmait avoir remportée, il avait démissionné de son poste avant l’investiture de Deby fils, finalement déclaré vainqueur avec 61 % des voix.
Cette affaire relance les inquiétudes autour du rétrécissement de l’espace démocratique au Tchad. Le pouvoir est régulièrement accusé de réprimer les manifestations, d’intimider les opposants et de limiter la liberté de la presse. L’arrestation de Masra pourrait raviver la défiance d’une partie de la population envers un régime perçu comme autoritaire, malgré la tenue récente d’élections qui devaient symboliser un retour à l’ordre constitutionnel après une série de coups d’État dans la région.