Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a appelé Emmanuel Macron à « ouvrir son cœur » à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, jeudi à Paris, lors d’une visite d’État marquée par leurs divergences sur ce texte contesté.
L’accord, finalisé en décembre 2023 après plus de deux décennies de négociations, reste en attente de ratification par plusieurs États membres de l’UE, dont la France. Paris redoute un impact négatif sur son secteur agricole, en particulier dans les filières bovine, avicole et sucrière. Les agriculteurs français dénoncent une concurrence déloyale de produits sud-américains non soumis aux mêmes normes environnementales et sanitaires.
Lula déterminé à conclure l’accord
« Je ne quitterai pas la présidence du Mercosur sans avoir conclu l’accord commercial », a affirmé Lula lors d’une conférence de presse conjointe avec Macron à l’Élysée. Le président brésilien, qui prendra prochainement la présidence tournante du bloc sud-américain, a proposé de réunir agriculteurs français et brésiliens pour « régler leurs différends » et renforcer la coopération.
Insistant sur les efforts du Brésil en matière de lutte contre la déforestation, Lula a tenté de rassurer ses partenaires européens. Il espère parvenir à un compromis au cours de son mandat à la tête du Mercosur, malgré les réticences croissantes en Europe.
Macron appelle à un accord « équitable »
De son côté, Emmanuel Macron a réaffirmé son opposition au texte en l’état. « Je suis favorable au commerce libre, mais il doit être équitable », a-t-il déclaré, soulignant que les producteurs européens seraient exposés à une concurrence ne respectant pas les mêmes règles. Le président français milite pour l’ajout de « clauses miroir », garantissant que les produits importés respectent les normes européennes.
La France plaide aussi pour une clause de sauvegarde qui permettrait de limiter temporairement les importations en cas de déséquilibre soudain du marché.
Des tensions agricoles en toile de fond
Cette prise de position intervient alors que les syndicats agricoles français ont intensifié la pression sur l’exécutif. Ils réclament une coalition de pays pour former une minorité de blocage contre l’accord, qu’ils jugent incompatible avec les ambitions européennes en matière de souveraineté alimentaire et de durabilité.
Désaccords sur la guerre en Ukraine
Outre le commerce, les deux dirigeants ont également évoqué la guerre en Ukraine. Macron a exhorté le Brésil, ainsi que la Chine et l’Inde, à exercer davantage de pression sur la Russie pour obtenir un cessez-le-feu. Il a rappelé que « Moscou est l’agresseur » et que ce constat devait guider toute négociation de paix.
Lula, quant à lui, s’est dit prêt à jouer un rôle de médiateur, défendant une solution diplomatique et multipolaire au conflit.
Malgré des sourires échangés devant les caméras, la rencontre à l’Élysée a mis en lumière des lignes de fracture persistantes entre Paris et Brasilia, tant sur les enjeux commerciaux que géopolitiques.