Après avoir placé la « souveraineté » au cœur de ses travaux l’an dernier, le Conseil d’État consacre son étude annuelle 2025 à une problématique tout aussi cruciale : comment gouverner au-delà de l’urgence permanente ? Dans un document de 334 pages intitulé Inscrire l’action publique dans le temps long, publié ce mercredi 10 septembre, la plus haute juridiction administrative invite les responsables politiques à se projeter vers les décennies à venir dans des domaines stratégiques tels que l’éducation, la transition énergétique, l’intelligence artificielle ou encore la défense. Les « sages » du Palais Royal constatent que la succession rapide de gouvernements, quatre Premiers ministres en trois ans, a fragilisé la stabilité démocratique et favorisé une gestion de l’immédiat au détriment des choix structurants. La polarisation du débat public, l’inflation des crises et la pression des réseaux sociaux accentuent encore cette incapacité à « prévoir » et à planifier.
Vingt propositions pour penser l’avenir
Pour inverser la tendance, le Conseil d’État formule vingt recommandations destinées à renforcer la continuité de l’action publique et à donner de la visibilité aux grandes réformes. Parmi elles : mieux articuler les lois de programmation, développer l’évaluation régulière des politiques publiques, sécuriser le financement de la recherche sur plusieurs décennies, et intégrer systématiquement les enjeux climatiques et technologiques dans les stratégies nationales. Les auteurs du rapport appellent également à une gouvernance plus stable des infrastructures énergétiques et industrielles, afin d’éviter que les décisions essentielles ne soient constamment retardées ou remises en cause. L’intelligence artificielle, présentée à la fois comme un levier de puissance et un facteur de vulnérabilité, figure parmi les priorités de long terme à traiter avec davantage de cohérence.
Retrouver un « horizon démocratique partagé »
Au-delà des outils, le Conseil d’État souligne la nécessité de rétablir une confiance collective dans la capacité de l’État à porter une vision durable. « Gouverner, c’est prévoir », rappelle le rapport, qui insiste sur la responsabilité des dirigeants à fixer un cap clair et partagé, même dans un climat politique instable. En filigrane, l’étude plaide pour une réhabilitation de la planification stratégique, seule capable selon les « sages » de préparer la France aux grands défis du siècle : réchauffement climatique, tensions géopolitiques, mutations industrielles et révolution numérique.