C’est la mesure que peu avaient anticipée. Dans son projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, le gouvernement de Sébastien Lecornu introduit une taxe inédite sur les dépassements d’honoraires pratiqués par les médecins libéraux. L’objectif affiché : décourager les tarifs libres et inciter les praticiens à revenir vers le secteur 1, c’est-à-dire celui qui respecte les prix fixés par la Sécurité sociale.
Un signal direct envoyé aux médecins libéraux
Le dispositif vise notamment les spécialistes exerçant en secteur 2, où les honoraires sont libres, souvent au détriment du patient. En taxant les montants excédant les tarifs conventionnés, l’exécutif espère « réduire l’intérêt financier à pratiquer des dépassements », selon le texte budgétaire. La mesure, symboliquement forte, s’inscrit dans une logique de régulation d’un système de soins de plus en plus inégalitaire, où certaines consultations atteignent des tarifs prohibitifs, notamment dans la médecine esthétique ou certaines spécialités hospitalières. Les syndicats de médecins, déjà remontés contre la stagnation des tarifs de base, dénoncent une « attaque frontale » contre la liberté tarifaire et alertent sur un risque de désengagement du secteur libéral. Le gouvernement, lui, assume un choix budgétaire et politique : en freinant la dérive des honoraires, il espère contenir le déficit de la Sécurité sociale, estimé à 17,5 milliards d’euros pour 2026.
Des économies massives sur le dos de la santé
Cette nouvelle taxe s’ajoute à une série de mesures d’austérité prévues dans le budget 2026, qui prévoit 7,1 milliards d’euros d’économies dans le domaine de la santé. Parmi elles, le doublement des franchises médicales : chaque boîte de médicaments prescrite serait grevée de deux euros (au lieu d’un euro aujourd’hui), tandis que la participation forfaitaire sur les consultations passerait de deux à quatre ou cinq euros. Les transports sanitaires, eux, pourraient coûter jusqu’à huit euros à la charge du patient. Le gouvernement veut aussi élargir ces franchises aux dispositifs médicaux et aux soins dentaires, jusque-là épargnés. Lunettes, prothèses, pansements ou consultations chez le dentiste seraient ainsi concernés dès le 1ᵉʳ janvier 2026. Mais dans les cabinets médicaux comme dans les associations de patients, la réaction est unanime : entre franchises doublées et taxation des honoraires, le « virage de sobriété » de Sébastien Lecornu risque de peser lourdement sur les soins comme sur le pouvoir d’achat des malades.