Tunisie : l’ex-président Moncef Marzouki condamné à 22 ans de prison par contumace
Tunisie : l’ex-président Moncef Marzouki condamné à 22 ans de prison par contumace

TUNIS — Un tribunal tunisien a condamné vendredi l’ancien président Moncef Marzouki à 22 ans de prison par contumace pour atteinte à la sécurité de l’État, une décision qui alimente les inquiétudes croissantes de l’opposition quant à une dérive autoritaire du régime actuel.

Marzouki, au pouvoir entre 2011 et 2014 à la suite de la révolution ayant renversé le président Zine el-Abidine Ben Ali, vit aujourd’hui en exil en France. Il est l’un des opposants les plus virulents au président en exercice, Kais Saied, qu’il accuse d’avoir démantelé les institutions démocratiques du pays. Depuis sa prise de pouvoir quasi totale en juillet 2021, Saied a dissous le Parlement, limogé le gouvernement, suspendu la Constitution et gouverne par décrets.

La condamnation intervient alors que les autorités tunisiennes poursuivent une série d’arrestations et de condamnations visant des opposants politiques, des militants, des journalistes et des magistrats. Plusieurs partis d’opposition, ainsi que des organisations de défense des droits humains, dénoncent une instrumentalisation de la justice pour faire taire les voix dissidentes.

Dans une déclaration diffusée sur les réseaux sociaux, Moncef Marzouki a rejeté le verdict comme étant « une décision politique », affirmant qu’il s’agissait d’une tentative « désespérée » de la part du régime pour intimider l’opposition et détourner l’attention de la crise économique et sociale qui frappe le pays.

La justice tunisienne n’a pas précisé les faits exacts reprochés à Marzouki, se bornant à évoquer des actes portant atteinte à la sécurité de l’État. Déjà en 2021, il avait été condamné à une première peine de quatre ans de prison pour avoir critiqué publiquement l’organisation du Sommet de la Francophonie en Tunisie, qu’il jugeait incompatible avec la situation politique du pays.

Cette nouvelle condamnation renforce les accusations portées contre Kais Saied de mettre en place un pouvoir autoritaire sous couvert de lutte contre la corruption et les ennemis de l’État. Elle intervient dans un contexte de forte polarisation politique, à l’approche d’échéances électorales encore incertaines.

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