Trump vise les radios publiques : des stations cruciales pour les communautés rurales menacées par les coupes budgétaires
Trump vise les radios publiques : des stations cruciales pour les communautés rurales menacées par les coupes budgétaires

Alors que l’ouragan Helene dévastait Asheville, en Caroline du Nord, l’automne dernier, les habitants isolés sur une crête, privés de réseau et d’électricité, s’informaient grâce aux haut-parleurs de leurs voitures. La voix qui les reliait au monde extérieur était celle de Blue Ridge Public Radio. Dans les files d’attente pour l’eau ou la nourriture, les derniers bulletins entendus sur cette station alimentaient les conversations. Mais aujourd’hui, ces radios locales se retrouvent dans la ligne de mire de Donald Trump.

Le président américain a signé cette semaine un décret ordonnant la suppression des financements fédéraux pour NPR (National Public Radio) et PBS (Public Broadcasting Service), qu’il accuse de partialité. Une décision qui menace l’avenir de nombreuses stations rurales, souvent les seules à fournir des informations locales vitales, notamment lors de catastrophes naturelles, là où les réseaux de télécommunication sont défaillants.

La Corporation for Public Broadcasting (CPB), principale source de subventions pour ces diffuseurs, a immédiatement contesté la légalité du décret, affirmant ne pas être un organisme relevant de l’exécutif. Les dirigeants de PBS, NPR et CPB laissent entendre qu’un bras de fer juridique est inévitable. L’administration Trump prévoit par ailleurs de demander au Congrès d’annuler les crédits de la CPB dans un plan de réduction budgétaire de 9,1 milliards de dollars.

Dans l’ouest du Texas, Marfa Public Radio est souvent la seule voix audible sur des centaines de kilomètres. Pour Tom Livingston, son directeur par intérim, la station est un maillon essentiel du tissu local. « C’est la seule source d’informations dans beaucoup de zones que nous couvrons », explique-t-il. En période de crise, les habitants s’en remettent à cette radio pour connaître les consignes de sécurité ou les points de distribution d’eau potable. À Asheville, une semaine après la tempête, Lisa Savage, bénévole dans une église, a encore pu entendre via la radio les lieux de ravitaillement à proximité. « C’était crucial », affirme-t-elle.

Le financement de ces stations dépend pour une large part des fonds publics. À Allegheny Mountain Radio, en Virginie, 68 % du budget annuel provient du CPB. « Ce que le CPB finance en priorité, ce sont les petites stations rurales », explique Scott Smith, directeur général. Dans sa ville de Monterey, une seule antenne relie à peine 10 km² à un réseau cellulaire. En cas d’urgence, la station reste souvent le seul canal d’alerte. « On joue de la musique, on rigole à l’antenne, mais on fournit aussi des informations vitales », rappelle Smith.

À Whitesburg, dans l’est du Kentucky, la station WMMT émet dans cinq États des Appalaches. Elle fonctionne depuis un Winnebago transformé en studio, affectueusement surnommé le « Possum Den ». « Nous sommes dans une région économiquement défavorisée », témoigne le directeur Teddy Wimer. « Nos auditeurs n’ont pas les moyens de compenser la perte de financement. » Selon Livingston, environ 30 % des ressources de Marfa Public Radio dépendent également du CPB, et il reste difficile à ce stade d’anticiper les conséquences exactes des coupes.

Ces radios ne se contentent pas de diffuser de l’information ; elles incarnent une culture locale et une proximité précieuse. « Les gens veulent entendre des voix qui leur ressemblent, qui partagent leur réalité », insiste Wimer. Dans un paysage médiatique de plus en plus centralisé, ces stations de service public sont souvent « le seul jeu en ville », comme le résume Smith.

Pour nombre d’entre elles, l’avenir reste incertain. « On continue, aussi longtemps que possible », conclut Smith.

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