Dunkerque, Aubagne, Compiègne, Montpellier… Une quarantaine de collectivités françaises ont fait le pari des bus et tramways gratuits pour tous. Présentée comme une arme écologique et sociale, la mesure séduit les élus locaux mais la Cour des comptes vient d’en dresser un bilan bien moins flatteur. Dans un rapport publié le 15 septembre, les magistrats financiers soulignent que la gratuité pèse lourd sur les finances publiques sans véritablement détourner les automobilistes de leur volant. Selon eux, si elle peut se justifier dans les petites villes où les bus roulent à moitié vides, l’opération devient un gouffre dès que le réseau est vaste et déjà saturé. Dans ces métropoles, supprimer les recettes tarifaires oblige à renforcer les infrastructures et les fréquences, ce qui multiplie les dépenses sans effet notable sur la congestion automobile. Le report modal attendu reste très limité et concerne surtout les trajets courts : les piétons et les cyclistes abandonnent leurs habitudes plus souvent que les conducteurs de voitures.
Un coût élevé, des résultats contestés
Les magistrats mettent aussi en garde contre l’effet pervers sur la transition écologique : les tensions budgétaires liées à la gratuité menacent les investissements indispensables, comme l’achat de bus propres ou l’extension du réseau. En clair, offrir la gratuité aujourd’hui pourrait freiner la modernisation demain. La Cour recommande donc de cibler davantage les réductions de tarifs sur les critères sociaux, de renforcer la lutte contre la fraude et de rendre obligatoire une évaluation publique des conséquences financières et environnementales après toute réforme tarifaire.
Montpellier en première ligne du débat
À Montpellier, où la gratuité est appliquée depuis 2023, le maire socialiste Michaël Delafosse a dénoncé un « rapport à charge ». L’édile défend une mesure à la fois sociale et climatique : selon lui, la qualité de l’air s’est améliorée et la fréquentation du réseau a bondi de 27 % en un an. La controverse illustre un clivage grandissant : d’un côté des élus qui voient dans la gratuité un marqueur politique fort, de l’autre une Cour des comptes qui rappelle qu’aucun ticket n’est vraiment gratuit, la facture étant simplement reportée sur les finances locales. Reste à savoir si l’argument du pouvoir d’achat l’emportera sur les avertissements financiers, ou si les collectivités devront bientôt revoir leurs ambitions à la baisse.