Saint-Raphaël : polémique autour d’une stèle dédiée aux victimes du communisme @Capture BFM TV
Saint-Raphaël : polémique autour d’une stèle dédiée aux victimes du communisme @Capture BFM TV

À Saint-Raphaël, l’inauguration samedi 23 août d’un monument en hommage aux « victimes du communisme » a déclenché une vive controverse. Frédéric Masquelier, maire LR de la commune varoise, a présenté cette initiative comme une manière de « mettre fin au mensonge sur la réalité du totalitarisme communiste ». L’ouvrage, représentant un homme repoussant deux blocs massifs, a été installé à proximité immédiate d’une stèle déjà existante en mémoire des martyrs de la Résistance, dont nombre de communistes. La cérémonie, organisée en période préélectorale, a pris des allures de meeting politique. Des centaines de participants, dont de nombreux soutiens de la majorité municipale, étaient rassemblés tandis qu’en parallèle, des militants communistes, des élus de gauche et la Ligue des droits de l’homme manifestaient devant l’hôtel de ville. Le sénateur communiste Ian Brossat a dénoncé un « révisionnisme de l’histoire » et annoncé l’intention de son parti d’engager des recours juridiques pour obtenir le retrait du monument.

Une fracture politique ravivée

Pour ses opposants, l’initiative du maire revient à amalgamer communisme et nazisme. Le secrétaire départemental du PCF, Pierre Daspre, a rappelé que le parti avait condamné depuis longtemps les crimes de Staline. D’autres manifestants ont qualifié la démarche d’« insulte à la mémoire », soulignant que le même pays avait récemment honoré Missak Manouchian, résistant communiste, en le faisant entrer au Panthéon. Sur le rivage, Frédéric Masquelier a défendu son choix en expliquant que « la singularité de la Shoah ne doit pas effacer le goulag ». L’élu, coutumier des coups médiatiques, avait déjà imposé aux enfants fréquentant les centres aérés de chanter la Marseillaise chaque matin. Cette fois, il a convié à une conférence des personnalités médiatiques proches de la sphère Bolloré, ainsi que des historiens favorables à l’assimilation entre nazisme et communisme. L’historienne Virginie Girod a même lancé l’idée d’interdire le communisme, au nom d’un parallèle avec l’interdiction du nazisme.

Mémoire en tension et geste symbolique

La controverse s’inscrit dans une longue bataille mémorielle. Depuis la publication en 1997 du Livre noir du communisme, qui estimait à cent millions le nombre de victimes dans le monde, une partie de la droite revendique l’analogie entre les deux idéologies totalitaires du XXe siècle. Des chiffres contestés par de nombreux chercheurs, mais devenus une référence incontournable dans certains cercles politiques. La tension s’est accentuée quand les manifestants ont découvert que la stèle honorant Léon Landini, résistant communiste né à Saint-Raphaël, avait été déboulonnée. La mairie a invoqué de futurs travaux de voirie, mais l’incident a renforcé le sentiment d’une volonté de réécrire l’espace symbolique de la ville. Entre hommage officiel et mémoire contestée, Saint-Raphaël s’est transformée en champ de bataille idéologique où l’histoire sert de levier politique.

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