Mauritanie : l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz condamné à 15 ans de prison pour corruption
Mauritanie : l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz condamné à 15 ans de prison pour corruption

NOUAKCHOTT – L’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a été condamné mercredi à 15 ans de prison ferme pour corruption par un tribunal de Nouakchott, à l’issue d’un procès en appel très suivi. Cette décision renforce la peine initiale de cinq ans prononcée en décembre 2023, jugée trop clémente par l’État mauritanien, qui avait fait appel.

Abdel Aziz, arrivé au pouvoir en 2008 par un coup d’État avant d’être élu en 2009 et réélu en 2014, a dirigé la Mauritanie pendant une décennie. Longtemps considéré comme un allié clé de l’Occident dans la lutte contre l’extrémisme islamiste au Sahel, il est désormais reconnu coupable d’enrichissement illicite, de blanchiment d’argent et d’abus de pouvoir.

Tout au long de la procédure, l’ancien chef de l’État a nié en bloc les accusations, qualifiant les poursuites de règlement de comptes politique. Sa défense affirme que seule une haute cour de justice aurait été compétente pour le juger en tant qu’ancien président. « C’est une décision qui reflète la pression exercée par le pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire », a dénoncé son avocat, Mohameden Ichidou, promettant un recours devant la Cour suprême.

La condamnation a été saluée par les représentants de l’État, qui voient en elle une victoire contre l’impunité. « Toutes les preuves ont établi que l’ancien président, qui a dirigé seul l’ensemble du pays, est l’auteur d’enrichissement illicite, d’abus de pouvoir et de blanchiment d’argent », a déclaré l’avocat de l’État, Brahim Ebety.

Ce verdict marque un tournant pour la jeune démocratie mauritanienne, où les transitions de pouvoir pacifiques restent rares. Le successeur d’Abdel Aziz, Mohamed Ould Ghazouani, autrefois son proche allié, s’en est progressivement distancié, notamment après que le Parlement mauritanien a décidé d’ouvrir une enquête sur la gestion de son prédécesseur.

Le procès d’Abdel Aziz avait été perçu comme un test de l’indépendance de la justice dans un pays souvent critiqué pour ses carences en matière d’État de droit. Sa conclusion, bien que contestée par la défense, marque un précédent judiciaire historique dans la région.

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