Un vaste projet de parc éolien au large des côtes du Rhode Island et du Connecticut, presque achevé, se retrouve suspendu après la décision de l’administration Trump d’interrompre sa construction au nom de « préoccupations de sécurité nationale » non détaillées. L’arrêt du chantier suscite une levée de boucliers de la part des gouverneurs démocrates, de parlementaires et de syndicats, qui demandent sa reprise immédiate.
Baptisé Revolution Wind, le projet est achevé à 80 % : toutes les fondations sous-marines ont été installées, de même que 45 des 65 turbines prévues. Selon ses promoteurs, il pourrait fournir de l’électricité à plus de 350 000 foyers de la région à un prix fixe de 9,8 cents par kilowattheure pendant vingt ans, inférieur au tarif moyen actuel en Nouvelle-Angleterre. Pour les élus locaux, cet arrêt met en péril à la fois des milliers d’emplois et les objectifs climatiques de leurs États.
« C’est insensé d’arrêter un projet entièrement approuvé qui ferait économiser des centaines de millions de dollars aux consommateurs », a dénoncé le sénateur démocrate du Connecticut, Richard Blumenthal, en estimant que la justice reconnaîtra le caractère illégal de cette suspension. Le gouverneur du Rhode Island, Dan McKee, a rappelé que le parc était « essentiel » à l’avenir énergétique et économique de la région. Son homologue du Connecticut, Ned Lamont, a insisté sur l’importance des infrastructures déjà déployées pour accueillir les composants du projet.
Environ 1 000 ouvriers syndiqués travaillent actuellement sur Revolution Wind. Ces postes, souvent hautement spécialisés, sont désormais menacés. « Ce n’est pas un travail que n’importe qui peut faire », a expliqué Keith Brothers, du syndicat Connecticut Laborers’ District Council, rappelant que nombre de travailleurs venaient de l’armée et avaient été spécialement formés. Les syndicats de la construction ont accusé directement Donald Trump d’avoir « licencié 1 000 de nos membres ».
Le développeur danois Orsted, leader mondial de l’éolien offshore, a indiqué évaluer l’impact financier de l’arrêt et envisage des actions judiciaires. Le site du projet se situe à plus de 24 km au sud du Rhode Island, 51 km au sud-est du Connecticut et 19 km au sud-ouest de Martha’s Vineyard. La région compte déjà un petit parc éolien offshore, celui de Block Island, mais Revolution Wind doit en être le premier de grande envergure.
Cette décision s’inscrit dans la stratégie de Donald Trump de freiner les projets d’énergies renouvelables au profit des énergies fossiles. L’administration a récemment suspendu ou réexaminé plusieurs chantiers similaires, notamment Empire Wind à New York, avant de céder sous la pression politique. Pour les élus démocrates et les défenseurs du climat, l’arrêt brutal de Revolution Wind illustre une nouvelle fois la volonté présidentielle de bloquer la transition énergétique, même au prix de lourdes pertes économiques locales.