Le gouvernement intérimaire du Bangladesh a officiellement interdit samedi toutes les activités de la Ligue Awami, parti historique de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, invoquant la loi antiterroriste du pays et des risques pour la sécurité nationale. La décision intervient à la suite de violentes manifestations de rue réclamant des poursuites contre le parti et sa dirigeante, chassée du pouvoir l’an dernier.
Cette interdiction fait suite à un mouvement de protestation mené par le Parti national des citoyens, dirigé par des étudiants, qui avait joué un rôle central dans le soulèvement de 2024 ayant provoqué la chute de Hasina. Plusieurs formations islamistes et conservatrices, dont le Jamaat-e-Islami, ont depuis rallié les manifestations et exigé que la Ligue Awami soit qualifiée d’organisation terroriste.
Selon le gouvernement, la suspension des activités du parti restera en vigueur jusqu’à la fin du procès en cours devant le Tribunal pénal international concernant la mort de centaines de manifestants lors de la répression menée sous le gouvernement Hasina. Le gouvernement intérimaire a également amendé la loi sur les technologies de l’information et de la communication, permettant désormais de juger en justice non seulement des individus, mais aussi des partis politiques en tant qu’entités.
Fondée en 1949, la Ligue Awami est l’un des partis les plus anciens et les plus influents du pays. Dans une déclaration publiée sur sa page Facebook, elle a fermement rejeté l’interdiction, qualifiant le gouvernement intérimaire d’« illégal » et dénonçant une décision politiquement motivée.
Le Bangladesh est plongé dans une instabilité croissante depuis l’exil forcé de Sheikh Hasina en août 2024, à la suite d’émeutes déclenchées par un mouvement étudiant contre les quotas d’embauche dans la fonction publique. Ces événements ont marqué le début de la plus grave crise politique depuis l’indépendance du pays en 1971.
Depuis, le pays est dirigé par un gouvernement provisoire mené par Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, qui a promis de réformer le système politique et a laissé entendre que les élections pourraient être repoussées jusqu’en 2026. En octobre dernier, l’exécutif avait déjà interdit la Bangladesh Chhatra League, branche étudiante de la Ligue Awami, en la désignant comme une organisation terroriste.