Lusaka – Edgar Lungu, ancien président de la Zambie, est décédé ce jeudi à l’âge de 68 ans dans un centre médical de Pretoria, en Afrique du Sud, où il recevait des soins spécialisés. Sa disparition intervient quelques mois après que la justice zambienne a bloqué sa tentative de retour à la vie politique en l’empêchant de briguer un nouveau mandat.
À la tête du pays de 2015 à 2021, Lungu a été le sixième président de cette nation d’Afrique australe. Avocat de formation, il s’était imposé sur la scène politique après avoir été ministre de la Justice et de la Défense sous le président Michael Sata. À la mort de ce dernier, Lungu a été propulsé à la présidence en remportant l’élection anticipée de 2015.
Durant son mandat, il s’est illustré par un ambitieux programme de développement des infrastructures, avec notamment la construction de nombreuses routes à travers le pays. Cependant, cette stratégie s’est traduite par un recours massif à l’endettement extérieur, provoquant une grave crise financière. En 2020, la Zambie est devenue le premier pays africain à faire défaut sur sa dette internationale dans le contexte de la pandémie de COVID-19.
Malgré sa popularité dans certaines couches de la population, notamment les plus modestes, Lungu a vu son image ternie par la montée des violences politiques orchestrées par ses partisans et des tensions croissantes avec les bailleurs internationaux. Il avait notamment demandé en 2020 le départ de l’ambassadeur des États-Unis et les relations avec le Fonds monétaire international s’étaient fortement détériorées.
Après sa défaite face à Hakainde Hichilema en 2021, Lungu s’était d’abord retiré de la politique avant de tenter un retour en 2023 en tant que chef de file d’une alliance dominée par son ancien parti, le Front patriotique. Mais en décembre 2024, la Cour constitutionnelle l’a déclaré inéligible à une nouvelle candidature présidentielle.
Selon sa fille Tasila, députée, l’ancien président était soigné depuis plusieurs semaines pour une maladie rare affectant son œsophage, pathologie qui avait déjà nécessité des soins en Afrique du Sud au début de son mandat. Elle a salué la dignité avec laquelle il avait affronté sa maladie.
L’analyste politique Lee Habasonda a résumé son passage au pouvoir comme un « héritage en dents de scie » : entre réformes constitutionnelles initialement progressistes et dérives autoritaires, Edgar Lungu laisse derrière lui une empreinte politique contrastée, à l’image des bouleversements économiques et sociaux qui ont marqué son temps à la tête de la Zambie.