France Inter snobe les classes populaires ? Dati veut changer la donne
France Inter snobe les classes populaires ? Dati veut changer la donne

Rachida Dati ne dévie pas de sa ligne. Invitée mercredi 7 mai au micro de France Inter, la ministre de la Culture a défendu avec force sa réforme de l’audiovisuel public, pointant du doigt une perte de lien entre la radio publique et une large partie de la population. « Ça devient un club pour CSP+ », a-t-elle lâché, regrettant que France Inter n’attire plus « ni les jeunes, ni les classes populaires ».

Un service public déconnecté de ses missions ?

Pour appuyer son constat, la ministre n’a pas hésité à brandir les chiffres. Selon elle, seuls 6,8 % des auditeurs de Radio France sont âgés de 13 à 24 ans, et à peine 8,1 % ont entre 25 et 34 ans, bien en deçà des moyennes observées dans le paysage radiophonique global. Même tendance pour les catégories populaires : les CSP- ne représenteraient que 11,2 % des auditeurs de France Inter, contre 26,1 % en moyenne sur l’ensemble des radios. À l’inverse, les CSP+ y sont surreprésentés. Dati, visiblement nostalgique d’une époque où « on écoutait la radio sur les chantiers », plaide pour un audiovisuel public qui parle à tous, partout.

C’est dans ce contexte que la ministre défend la création de France Médias, une holding censée regrouper France Télévisions, Radio France et l’INA sous une gouvernance unifiée. Objectif : renforcer la cohérence stratégique et l’impact du service public dans un écosystème dominé par des plateformes mondialisées. Une vision que certains syndicats rejettent, dénonçant une centralisation accrue et une baisse de moyens. Pourtant, la ministre martèle qu’il ne s’agit « ni d’une fusion, ni d’une reprise en main », mais d’un regroupement destiné à préserver l’indépendance des entités tout en renforçant leur efficacité.

Une réforme « indispensable » dans un paysage concurrentiel

Portée initialement par le sénateur centriste Laurent Lafon, la réforme avait été adoptée en première lecture au Sénat en juin 2023. Rachida Dati l’a reprise à son compte dès son arrivée rue de Valois, en janvier 2024. Selon elle, cette refonte structurelle s’impose face à un paysage audiovisuel bouleversé par l’arrivée de géants privés et des modes de consommation éclatés. La ministre réfute toute volonté de faire des économies. Elle met en avant un budget toujours élevé, supérieur à 4 milliards d’euros, et assure qu’il s’agit avant tout de donner un nouvel élan à un service public parfois perçu comme trop parisien, trop homogène, trop éloigné du quotidien de nombreux Français.

Alors que le texte pourrait être examiné à l’Assemblée dès juin, la ministre dit avoir « confiance » en une majorité parlementaire pour le faire adopter avant l’été. Une échéance qui pourrait marquer un tournant pour un audiovisuel public en quête de sens et de cohérence.

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