Ce matin sur RTL, la députée LFI et vice-présidente de l’Assemblée nationale, Clémence Guetté a dégainé une idée lourde de symboles face à la hausse des prix des carburants, attribuée au blocage du détroit d’Ormuz depuis le 28 février: « Pourquoi pas? C’est une idée », a-t-elle lancé à propos d’une nationalisation de TotalEnergies. L’argument est simple, presque percutant à force d’être répété par les Insoumis ces derniers mois: quand la pompe s’affole, l’État doit « reprendre la main » sur un acteur jugé stratégique, plutôt que de se contenter d’aides ponctuelles ou d’appels à la modération.
Reprendre le raffinage, laisser l’extraction: la nationalisation « à la carte »
Dans le détail, Clémence Guetté ne plaide pas pour une reprise totale du groupe, mais pour un ciblage des activités de raffinage et de distribution, en laissant de côté l’extraction, soit, selon elle, 67% de l’activité de l’entreprise. La vice-présidente de l’Assemblée nationale assure que « nationaliser Total serait rentable dès la première année », quitte à financer l’opération par la dette, les bénéfices devant, affirme-t-elle, dépasser les intérêts dès le départ. Le raisonnement vise aussi la transition énergétique: l’État actionnaire pourrait ensuite réinjecter des gains dans les énergies renouvelables, dans un contexte où les profits de TotalEnergies, en hausse de 51% au dernier trimestre à 5,8 milliards de dollars, nourrissent à gauche l’idée de « superprofits » et l’exaspération sur le pouvoir d’achat.
Le débat, lui, revient comme une marée à chaque flambée. Jean-Luc Mélenchon évoquait le 1er mai « 30 milliards de plus dans la caisse de l’État en cinq ans » si Total était resté nationalisé, Mathilde Panot a aussi agité la menace d’une nationalisation partielle en cas de refus de limiter les marges, et la patronne de la CGT Sophie Binet a soutenu la piste. Reste une réalité plus rugueuse: TotalEnergies est un groupe mondial coté, à l’actionnariat dispersé, dont la valorisation est estimée à 180 milliards d’euros, et l’idée d’une reprise publique pose autant de questions budgétaires que juridiques. À l’heure où l’exécutif privilégie d’ordinaire remises ciblées et coups de pression politiques, la proposition insoumise installe une autre musique dans le débat, celle d’un État stratège, quitte à rouvrir un vieux dossier français qui ne se referme jamais tout à fait.
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