Elles ont entre 18 et 21 ans, et sont désormais au cœur d’une enquête antiterroriste. Trois jeunes femmes ont été interpellées le 7 octobre à Vierzon, Lyon et Villeurbanne, avant d’être mises en examen et placées en détention provisoire pour participation à une association de malfaiteurs terroriste en vue de préparer des crimes d’atteinte aux personnes. Le parquet national antiterroriste (PNAT) a confirmé l’ouverture d’une information judiciaire le 10 octobre. Selon les premiers éléments recueillis par France Télévisions, les suspectes envisageaient de s’en prendre à un bar ou à une salle de concert de la capitale. L’idée aurait émergé lors d’échanges sur les réseaux sociaux. Le degré de préparation reste incertain, et aucune cible précise n’aurait été désignée. « On est très en amont d’un passage à l’acte », a estimé l’un des avocats, Jean-Baptiste Riolacci, qui défend l’une des mises en cause.
Des profils très jeunes, isolés et fragiles
Les trois jeunes femmes se connaissaient virtuellement et se seraient rencontrées une seule fois. Toutes étaient déjà sous surveillance des services de renseignement. La plus jeune, âgée de 17 ans au moment des faits, aurait été déscolarisée, en rupture familiale et souffrant d’un profond isolement. Selon son avocat, elle traversait une dépression marquée par des idées suicidaires et se serait radicalisée en ligne. Ce profil illustre un phénomène que les magistrats antiterroristes observent avec inquiétude : le rajeunissement des individus impliqués dans des affaires de radicalisation. Le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, note une tendance nette depuis cinq ans, avec « une majorité de suspects de moins de 20 ans » et « une part croissante de mineurs depuis 2023 ». Deux tiers des projets d’attentats déjoués l’an dernier impliquaient déjà des personnes âgées de moins de 21 ans.
Des avocats qui contestent toute volonté de passer à l’acte
Les conseils des trois suspectes contestent la gravité des faits reprochés. Pour Maître Riolacci, aucun élément matériel ne prouve une adhésion à l’idéologie djihadiste ou une préparation concrète d’attentat : « Il n’y a ni messages explicites, ni vidéos, ni preuve d’allégeance. Ma cliente n’a pas évoqué de cibles précises ni acheté d’armes. » L’avocat reconnaît néanmoins des « propos problématiques » tenus dans un contexte de grande détresse personnelle. Thibault Bailly, qui défend la jeune femme de 19 ans, affirme également que sa cliente « conteste fermement toute participation au projet » et s’inquiète de son état de santé en détention, évoquant un handicap mal pris en charge dans les établissements pénitentiaires. Cette affaire survient alors que la France s’apprête à commémorer les dix ans des attentats du 13 novembre 2015, qui avaient frappé des bars et la salle du Bataclan. Si les avocats assurent qu’il n’existe aucun lien entre les intentions de leurs clientes et ces tragiques événements, le symbole n’échappe à personne. Pour les enquêteurs, cette nouvelle alerte confirme que la menace terroriste, bien que contenue, continue de se nourrir d’un terreau fragile : celui d’une jeunesse désorientée, happée par les réseaux sociaux et les discours radicaux.