Deux ans après un crime qui avait bouleversé l’île de La Réunion, la cour d’assises des mineurs de Saint-Denis juge cette semaine le second adolescent impliqué dans le meurtre d’une jeune fille de 15 ans. Attirée dans un guet-apens par des messages échangés sur les réseaux sociaux, elle avait été rouée de coups avant d’être abandonnée dans une ancienne usine sucrière à Saint-Pierre en septembre 2023. Le procès s’est ouvert ce mercredi 5 novembre et doit se poursuivre jusqu’au lundi 10 novembre. L’accusé, âgé de 16 ans au moment des faits, est jugé à huis clos en raison de sa minorité. Sa co-auteure, alors âgée de 14 ans, a déjà été condamnée en septembre dernier à 20 ans de réclusion criminelle, la peine maximale prévue pour une mineure.
Un projet macabre né dans la dérive adolescente
Selon l’enquête, les deux adolescents avaient prémédité l’agression. Ils avaient tendu un piège à leur victime, sous prétexte d’une rencontre amicale. Les éléments recueillis ont révélé une mise en scène d’une grande cruauté, le jeune garçon frappant la victime avec une violence extrême avant de la laisser pour morte. Lors de son interrogatoire, il avait reconnu avoir nourri depuis plusieurs mois une fascination morbide pour la mort et les tueurs en série. Les enquêteurs ont retrouvé sur son ordinateur de nombreuses images de démembrements et de cadavres, témoignant d’une obsession inquiétante. Cette dimension psychologique sera au cœur des débats. Les jurés devront déterminer si l’adolescent a agi sous influence, par fascination ou par réelle volonté de tuer. L’audience doit aussi éclaircir la relation entre les deux accusés, dont les échanges en ligne avaient précédé le drame. L’avocat de la jeune condamnée, Me Jean-Jacques Morel, parle d’un « drame d’adolescents, une dérive terrible où chacun a perdu pied ».
Une famille en quête de vérité et un verdict très attendu
L’avocat des parties civiles, Me Julien Barre, a rappelé que « la famille de Shana a droit à la vérité, entière, sans confusion ni dilution des responsabilités ». Le nom de la jeune victime, dont le destin a choqué l’opinion réunionnaise, est désormais associé à l’un des faits divers les plus tragiques de ces dernières années dans l’île. Le procès se déroule à huis clos, mais la tension demeure palpable autour du palais de justice de Saint-Denis. Six jurés populaires, cinq femmes et un homme, ont été désignés pour rendre leur verdict. Le verdict est attendu le lundi 10 novembre. Il devra trancher entre l’enfance et la monstruosité, dans une affaire où la frontière entre fascination et barbarie semble s’être effacée.