Les premières auditions de Jacques et Jessica Moretti, propriétaires du bar Le Constellation à Crans-Montana, ont livré leur témoignage sur la soirée du drame qui a coûté la vie à 40 personnes et fait 116 blessés. Entendus séparément par les enquêteurs suisses, ils ont décrit les événements dans les heures qui ont suivi l’incendie et l’explosion.
Selon BFMTV, Jessica Moretti, très émue, s’est exprimée publiquement lors d’un hommage aux victimes. « Ça s’est passé dans notre établissement et je tiens à m’excuser », a-t-elle déclaré en sanglots. Son mari, placé en détention, n’était pas présent. Les deux gérants avaient été interrogés pour la première fois neuf jours après la tragédie, sans être mis en cause.
Une soirée qui bascule rapidement
Toujours selon BFMTV, Jessica Moretti décrit une soirée qui commençait calmement. Elle est arrivée vers 22h30 tandis que son mari se trouvait dans un autre établissement du couple. Vers minuit, le bar comptait peu de clients, mais le flux a augmenté jusqu’à atteindre près d’une centaine de personnes. « Je disais à Cyane qu’il fallait faire entrer du monde pour que l’ambiance prenne », a-t-elle expliqué.
Le moment critique survient lorsqu’un groupe de serveuses apporte des bouteilles équipées de feux de Bengale, certaines transportées sur les épaules de serveurs. Jessica a alors constaté un mouvement de foule et des flammes à l’angle du bar. « J’ai hurlé : “tout le monde sort !” et j’ai appelé les pompiers. Il était 1h28 », raconte-t-elle.
Jacques Moretti, alerté par un appel de sa femme, se précipite sur les lieux. « J’étais dans un état de panique complet. Elle m’a dit qu’il y avait le feu au Constellation. J’ai tout de suite pris la voiture pour venir », explique-t-il.
Des tentatives de sauvetage
Arrivé sur la terrasse, Jacques Moretti se heurte à la fumée dense et à une porte de service verrouillée. Avec l’aide de deux personnes, il parvient à la forcer et découvre plusieurs clients inanimés. Parmi eux, sa belle-fille, Cyane Panine, 24 ans, qu’ils tentent de réanimer sur place. « J’ai élevé un enfant comme si c’était le mien. Nous avons essayé de la sauver pendant plus d’une heure, jusqu’à ce que les secours nous disent que c’était trop tard », confie-t-il, submergé par l’émotion.
Jessica Moreti se souvient également de Cyane : « Elle était comme ma petite sœur. Elle avait passé Noël avec nous. Je suis dévastée ». Face à l’ampleur des victimes, Jacques a demandé à sa femme de rentrer chez eux pour gérer leurs enfants et ne pas assister à la tragédie. « Arrivée chez moi, j’étais en panique, dans un état second, mon corps me lâchait », raconte Jessica.
Les conditions de sécurité du bar
Les enquêteurs se sont penchés sur les mesures de sécurité de l’établissement, acquis en 2015 et rénové intégralement par le couple. L’électricité et la ventilation avaient été confiées à des entreprises spécialisées, et le bar disposait d’issues principales et de secours ainsi que d’extincteurs, mais pas de système d’arrosage automatique. Jacques Moretti explique que des contrôles incendie avaient été réalisés plusieurs fois au cours de la décennie écoulée sans qu’aucune modification ne soit demandée.
Les feux de Bengale, utilisés lors d’anniversaires ou d’événements spéciaux, étaient manipulés par le personnel uniquement, et éteints rapidement dans des verres d’eau. Jessica précise : « Nous ne laissons jamais les clients manipuler les scintillants », rapporte BFMTV.
La présence de mineurs
Interrogés sur l’âge des clients, les propriétaires affirment avoir mis en place des restrictions : les moins de 16 ans n’étaient pas autorisés et ceux entre 16 et 18 ans devaient être accompagnés d’un adulte. Jacques reconnaît cependant que des dysfonctionnements étaient possibles. Le soir du drame, plusieurs adolescents, y compris de moins de 16 ans, étaient présents et ont trouvé la mort dans l’incendie.
Pour le couple, cette nuit restera le « drame de leur vie ». Les enquêteurs poursuivent leurs investigations sur la sécurité, la manipulation des feux de Bengale et les responsabilités éventuelles pour reconstituer avec précision la chaîne des événements.