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Incendie de Crans‑Montana : un drame identique à celui du Cuba Libre, à Rouen, qui avait fait 14 morts en 2016. (AP)

La nuit du 1ᵉʳ janvier, un incendie d’une violence exceptionnelle a ravagé Le Constellation, un bar de la station de ski de Crans‑Montana, en Suisse, où des centaines de personnes fêtaient le Nouvel An. Quarante personnes ont perdu la vie et plus d’une centaine ont été blessées, pour la plupart grièvement, lorsque le feu s’est propagé en quelques secondes dans le sous‑sol de l’établissement après l’allumage de bougies ou étincelles accrochées à des bouteilles de champagne, qui ont embrasé des matériaux hautement inflammables au plafond.

Un parallèle douloureux avec l’incendie du Cuba Libre à Rouen

Face à ce nouveau drame, des familles touchées par une tragédie similaire en France expriment leur douleur et leur colère. Rémy Hubert, dont le fils Zacharia, DJ, avait trouvé la mort dans l’incendie du bar Cuba Libre à Rouen en août 2016, a déclaré que la configuration de ces deux événements était « exactement la même chose, les mêmes produits, la même configuration, des portes fermées, tout est pareil » lors d’un entretien à France Inter. Dans la nuit du 5 au 6 août 2016, 14 personnes étaient mortes dans le sous‑sol du Cuba Libre lorsque des bougies à étincelles avaient enflammé de la mousse acoustique installée pour l’insonorisation, provoquant une propagation extrêmement rapide du feu. 

Les récits de ces deux incendies présentent des similitudes troublantes tant sur l’origine du feu, matériaux hautement inflammables atteints par des étincelles ou bougies, que sur l’extrême rapidité de la propagation du feu dans des espaces confinés et mal ventilés. Les familles endeuillées estiment que les leçons du passé n’ont pas été pleinement tirées, alors que des mesures de prévention et de sécurité pourraient limiter le risque de récidive.

Des revendications persistantes en matière de sécurité incendie

Parmi ceux qui ont perdu un proche à Rouen, la demande d’une révision des règles de sécurité des établissements recevant du public reste vive. Le père d’une jeune femme morte à 20 ans dans l’incendie du Cuba Libre, a indiqué qu’il réclamait depuis près de 10 ans que les bars classés en catégorie 5, comme le Cuba Libre, soient soumis aux mêmes obligations de sécurité incendie que les discothèques (catégorie 4). Il dénonce les pratiques de certains gérants qui transforment sans autorisation des caves en espaces festifs, échappant ainsi aux contrôles stricts applicables aux lieux plus grands ou plus réglementés.

Les enquêtes sur l’incendie du Cuba Libre avaient alors démontré une dizaine de manquements aux règles de sécurité, et les deux gérants de l’établissement avaient été condamnés à trois ans de prison ferme en 2019 pour leurs responsabilités dans le drame. Malgré ces condamnations, les voix des proches des victimes dénoncent aujourd’hui une absence de réforme suffisante des pratiques et des contrôles sur les lieux festifs à risque.

Des défaillances de contrôle mises en cause à Crans‑Montana

En Suisse, l’incendie de Crans‑Montana a provoqué une onde de choc et un débat sur la rigueur de l’application des normes de sécurité. Les autorités locales ont reconnu que Le Constellation n’avait pas fait l’objet d’inspections périodiques obligatoires entre 2020 et 2025, bien que des contrôles avaient eu lieu en 2016, 2018 et 2019. La commune de Crans‑Montana a « amèrement regretté » cette lacune, tout en affirmant qu’un expert externe avait conclu que le bar se conformait aux règles sur le bruit sans émettre de remarques sur les mesures de sécurité incendie. Des responsables suisses ont souligné que la mousse acoustique, qui a contribué à la propagation rapide du feu, aurait dû faire l’objet de vérifications, conformément aux normes en vigueur, et que l’absence de ces inspections soulève des questions sur la rigueur de l’application des contrôles. 

Les enquêtes suisses ont également mis en lumière d’autres facteurs aggravants : des issues de secours potentiellement inefficaces, une évacuation entravée par des locaux sous‑dimensionnés et la possibilité que des sorties aient été verrouillées ou bloquées lors du sinistre. Les propriétaires du bar, désormais mis en examen pour homicide par négligence, doivent répondre de leur responsabilité dans ces défaillances alors que les familles des victimes et les autorités cherchent à comprendre comment des normes de sécurité si clairement définies ont pu être ignorées pendant des années. 

Des drames précédents qui posent des questions plus larges

L’incendie de Crans‑Montana ravive aussi des souvenirs d’autres catastrophes similaires ailleurs en Europe, où la combinaison de matériaux inflammables, d’espaces confinés et de systèmes de sécurité insuffisants a déjà coûté des dizaines de vies. En octobre 2015, un incendie dans une salle de concert en Roumanie causé par des effets pyrotechniques avait fait des dizaines de morts, tout comme en janvier 2013 au Brésil, confirmant que les risques liés aux matériaux isolants et aux dispositifs pyrotechniques restent une problématique mondiale dans les lieux accueillant du public. 

Dans ce contexte, les familles des victimes du Cuba Libre et de Crans‑Montana appellent à une révision des cadres législatifs et des pratiques d’inspection, afin que de telles tragédies cessent d’être répétées sous des formes similaires, souvent dans des espaces reconnus festifs mais insuffisamment contrôlés.

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