« Ici, il n’y a pas de loi » - un raid policier au Brésil fait 121 morts sans capturer les chefs de gangs (AP)
« Ici, il n’y a pas de loi » - un raid policier au Brésil fait 121 morts sans capturer les chefs de gangs (AP)

Le gouverneur de Rio de Janeiro a présenté comme une victoire le raid policier le plus meurtrier de l’histoire du Brésil, mais selon une enquête de Reuters, aucune des 117 personnes tuées par les forces de l’ordre ne figurait parmi les 69 suspects cités dans le mandat d’arrêt ayant servi de base à l’opération.

L’opération, baptisée Confinement, s’est déroulée le 28 octobre dans les favelas du nord de Rio. Elle a fait 121 morts, dont quatre policiers et deux adolescents, et conduit à 99 arrestations. Pourtant, seuls cinq des suspects visés par la plainte pénale ont été appréhendés, et aucun n’appartenait à la direction du puissant gang Comando Vermelho, selon le rapport de police transmis à la Cour suprême.

Les autorités affirment que l’objectif était d’arrêter les membres du gang responsables du trafic de drogue et d’armes. Mais la réalité du terrain a été tout autre : après les affrontements, des dizaines de corps ont été alignés par les habitants dans les rues des quartiers populaires, provoquant une onde de choc nationale à une semaine du sommet mondial sur le climat COP30, organisé à Belém.

Le président Luiz Inácio Lula da Silva a qualifié l’opération de « désastreuse », tandis que les responsables locaux, notamment le gouverneur Claudio Castro, ont défendu une stratégie de « tolérance zéro » face au crime organisé. Le secrétaire à la sécurité publique de Rio, Victor dos Santos, a admis que les principaux chefs du Comando Vermelho, dont Edgar Alves de Andrade alias « Doca », restaient introuvables, mais il a affirmé que les forces de l’ordre avaient « agi avec efficacité ».

Pour les familles des victimes, cette justification ne tient pas. « La police les arrête, les exécute et tout va bien, car ici, il n’y a pas de loi », dénonce Samuel Peçanha, dont le fils de 14 ans a été tué lors du raid. Une autre mère, Taua Brito, a raconté avoir retrouvé son fils mort dans les collines après l’opération : « Il voulait juste que tout ça se termine. Je l’ai trouvé avec une balle dans la tête. »

Les habitants ont également rapporté des scènes d’horreur : des corps mutilés, certains présentant des blessures à l’arme blanche. La police affirme que ces atrocités auraient pu être commises par les gangs eux-mêmes et nie toute responsabilité directe. Aucune équipe médico-légale n’a été dépêchée sur place, rendant toute enquête difficile.

Malgré les critiques des ONG et des défenseurs des droits humains, une majorité de Brésiliens soutiennent l’opération : selon un sondage AtlasIntel, 55 % de la population l’approuve. Mais pour les familles endeuillées, ces chiffres ne justifient pas les pertes. « La police avait le droit d’arrêter mon fils, pas de le tuer », insiste Brito.

Le Brésil a enregistré plus de 44 000 homicides en 2024, dont plus de 6 200 commis par les forces de l’ordre une moyenne de 17 morts par jour. Un chiffre qui, pour beaucoup, symbolise la violence d’un pays où, selon les mots d’un habitant, « la police agit comme si la loi s’arrêtait à l’entrée des favelas ».

Que retenir rapidement ?

Le gouverneur de Rio de Janeiro a présenté comme une victoire le raid policier le plus meurtrier de l’histoire du Brésil, mais selon une enquête de Reuters

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