Plus de 50 000 personnes ont défilé samedi dans les rues de Valence, dans l’est de l’Espagne, pour commémorer le premier anniversaire des inondations dévastatrices d’octobre 2024, qui avaient causé la mort de 229 personnes. Sous le slogan « Ni oubli, ni pardon », les manifestants ont exigé justice et dénoncé la « faillite » des autorités régionales, accusées d’avoir mal géré l’alerte et les secours.
Les pancartes brandies réclamaient la démission du président de la région, Carlos Mazón, jugé responsable de la tragédie. « Pourquoi n’ont-ils pas évacué les habitants ? C’est incompréhensible », s’indigne Rosa Cerros, fonctionnaire venue manifester avec sa famille. Dans la foule, certains arboraient des t-shirts portant les visages de proches disparus dans les torrents de boue qui avaient englouti rues, parkings et habitations.
Un an après le drame, la colère ne retombe pas
La catastrophe, la plus meurtrière du genre en Espagne depuis plusieurs décennies, avait suscité des semaines de manifestations et un bras de fer entre le gouvernement central de gauche et les autorités régionales de droite. Dans un pays très décentralisé, la gestion des crises climatiques relève en effet des régions, ce qui alimente les accusations de négligence à l’encontre de Mazón.
« L’alerte a retenti quand il était déjà trop tard », déplore Rosa Álvarez, présidente d’une association de victimes, qui a perdu son père dans la catastrophe. « Chaque minute comptait, mais les autorités ont failli », ajoute-t-elle, accusant la région d’avoir ignoré les avertissements météorologiques. Récemment encore, le corps d’un homme disparu lors des inondations a été retrouvé à plusieurs dizaines de kilomètres du lieu du drame.
Mazón sous pression, mais toujours soutenu par la droite
Face aux critiques, le président régional Carlos Mazón affirme que « l’ampleur du phénomène n’était pas prévisible » et rejette la faute sur le gouvernement central. Mais la presse espagnole continue d’enquêter sur son emploi du temps du 29 octobre 2024, jour du drame : plusieurs médias assurent qu’il aurait déjeuné longuement avec une journaliste alors que les pluies s’intensifiaient.
Malgré la controverse, Mazón conserve le soutien d’Alberto Núñez Feijóo, chef du Parti populaire (PP). Selon le politologue Antón Losada, « un départ de Mazón provoquerait des élections anticipées, ce qui serait politiquement désastreux pour la droite ».
Mercredi, le roi Felipe VI et le Premier ministre Pedro Sánchez assisteront à des funérailles d’État en hommage aux 229 victimes, un moment de recueillement attendu par une population encore meurtrie et en quête de vérité.