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Châlons-en-Champagne : un silence institutionnel face à un enseignant prédateur

C’est l’histoire d’un enseignant que tout le monde connaissait, dont certains redoutaient les gestes, les mots, le regard — et que personne n’a jamais empêché d’enseigner. Pascal Vey, professeur de français et d’arts du cirque au lycée Bayen de Châlons-en-Champagne, s’est suicidé en 2023, laissant derrière lui un sillage d’accusations de viols, d’agressions sexuelles, de harcèlement moral et sexuel. Ce que révèle aujourd’hui le rapport de l’Inspection générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche (IGéSR), c’est qu’il aurait pu être écarté dès 2021. Mais l’administration a préféré détourner le regard.

Une hiérarchie informée mais paralysée

Juillet 2021. Le cabinet du recteur de Reims reçoit un signalement : des élèves dénoncent un enseignant pour des faits « répréhensibles ». Quelques jours plus tôt, le collectif « Balance ton cirque » évoquait, sans le nommer, un prédateur sexuel sévissant au Centre National des Arts du Cirque, où Pascal Vey intervenait régulièrement. Une journaliste identifie clairement l’enseignant dans un mail adressé à la proviseure du lycée, Sabine Bonnet. Celle-ci transmet l’information… mais se préoccupe avant tout de la gestion de l’image de l’établissement sur les réseaux sociaux. Résultat : aucun acte, aucune enquête, aucune suspension. Le comportement de Vey n’est même pas questionné. Le rectorat et l’administration s’enfoncent dans une forme de déni institutionnel sidérant. Deux inspectrices, la proviseure et le recteur Olivier Brandouy semblent davantage préoccupés par la communication de crise que par la sécurité des élèves.

Une enquête enterrée, une lanceuse d’alerte isolée

L’omerta se prolonge malgré d’autres alertes internes : une professeure d’EPS tente de faire entendre ses soupçons, relayée timidement par l’infirmier scolaire. Rien n’y fait. Le triumvirat Bonnet–inspectrices verrouille l’information, au point de refuser de rencontrer la lanceuse d’alerte, jugée « problématique ». Pire : les deux inspectrices reçoivent, à l’été 2024, les Palmes académiques — comme une récompense institutionnelle de leur silence bien gardé. De son côté, Olivier Brandouy, alors recteur, grimpe dans la hiérarchie. Il est nommé directeur adjoint au cabinet de Gabriel Attal, puis reconduit à ce poste par ses successeures, Nicole Belloubet et Amélie Oudéa-Castéra. Comme si rien ne s’était passé. Aujourd’hui, au moins trois anciens lycéens, victimes présumées de Pascal Vey, préparent une plainte contre l’État. La commission d’enquête parlementaire sur les violences en milieu scolaire s’est rendue dans l’établissement mardi 22 avril. Les parlementaires ont rencontré la lanceuse d’alerte, des représentants de parents d’élèves, et épluché le rapport de l’IGéSR. Ce rapport est accablant. Il évoque une accumulation de signaux ignorés, des décisions guidées par la peur du scandale et conclut à un « manque généralisé de discernement ». À ce jour, Sabine Bonnet et Olivier Brandouy n’ont pas répondu aux sollicitations des enquêteurs. Mais leur silence en 2021, lui, résonne encore.

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