Ce qui devait être une célébration luxueuse à Venise s’est transformé en catalyseur d’une contestation sociale de plus en plus visible. Alors que Jeff Bezos et Lauren Sanchez poursuivaient samedi les fastes de leur mariage dans la cité lagunaire, plusieurs centaines de manifestants ont envahi les rues du centre historique pour dénoncer les effets du tourisme de masse, les inégalités économiques, et l’appropriation de l’espace urbain par les ultra-riches.
« Pas de place pour Bezos », scandaient les manifestants massés sur le pont du Rialto et dans les ruelles voisines, brandissant des fumigènes et des banderoles. Le cortège, fort d’environ 1 000 participants selon les organisateurs, a traversé la ville entre la gare et le célèbre pont, sous un soleil de plomb. Si les autorités locales ont minimisé l’ampleur du mouvement, le message des protestataires a résonné bien au-delà des canaux vénitiens.
« L’idée que la ville puisse être réduite à un décor ou un parc d’attractions est aujourd’hui insupportable pour une grande partie des habitants », a déclaré Tommaso Cacciari, figure du mouvement No Space for Bezos. Ce collectif, né de la convergence entre militants écologistes, syndicats et associations de quartier, dénonce l’éviction progressive des résidents de longue date face à l’explosion des loyers et à la privatisation des espaces publics.
Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et milliardaire parmi les plus puissants du monde, a été la cible directe des critiques. Outre sa richesse ostentatoire, les manifestants lui reprochent ses liens politiques — notamment avec Donald Trump —, son recours aux paradis fiscaux, et le rôle de son entreprise dans la précarisation des conditions de travail à l’échelle mondiale. Une immense toile tendue place Saint-Marc appelait ainsi le magnat à « payer ses impôts ».
Face à la pression montante, les organisateurs du mariage ont été contraints de déplacer la dernière soirée de gala prévue dans le centre historique vers un site plus isolé, dans la partie est de la ville. Une décision qui illustre, selon les manifestants, le fossé entre les élites économiques et les réalités sociales locales.
Venise, joyau fragile du patrimoine mondial, est depuis des années un symbole des tensions engendrées par le tourisme de luxe et la financiarisation de l’espace urbain. Le mariage de Bezos, événement ultra-médiatisé estimé à 50 millions de dollars, n’a fait qu’exacerber ce sentiment d’injustice pour des habitants de plus en plus marginalisés dans leur propre ville.
À travers des slogans détournant l’image romantique de Venise — « Bisous oui, Bezos non » — les manifestants ont cherché à rappeler que la « ville de l’amour » est aussi un lieu de vie, dont l’identité est en danger. Le message est clair : derrière le faste, une colère sourde gronde, et le mariage du milliardaire aura été, malgré lui, un puissant révélateur.