Un tribunal maltais a rendu mercredi un verdict d’acquittement en faveur du magnat Yorgen Fenech, poursuivi pour avoir orchestré l’assassinat de la journaliste d’investigation Daphne Caruana Galizia en 2017. La famille de la victime dénonce un déni de justice, neuf ans après les faits.
Le jury a tranché par huit voix contre une, après plus de huit heures de délibération : Yorgen Fenech est innocent. Ce verdict, rendu le 2 septembre 2026 à La Valette, clôt sans condamnation le volet le plus attendu du procès pour l’assassinat de Daphne Caruana Galizia, tuée le 16 octobre 2017 par une voiture piégée à proximité de son domicile. Elle avait 53 ans.
L’homme d’affaires maltais, arrêté fin 2019 à bord de son yacht alors qu’il tentait de quitter l’île, était accusé d’avoir commandité l’attentat. Selon l’acte d’accusation, il aurait ordonné le meurtre parce que la journaliste s’apprêtait à publier un article compromettant sur l’un de ses proches. Fenech avait remporté en 2013 un contrat de plusieurs millions d’euros avec l’État maltais pour la construction d’une centrale électrique au gaz. Il a toujours nié avoir commandité le crime.
Daphne Caruana Galizia avait mené les investigations maltaises dans le cadre des Panama Papers et mis au jour des scandales impliquant plusieurs proches du Premier ministre de l’époque, Joseph Muscat. Ce dernier avait annoncé sa démission fin 2019, sous la pression de manifestations quotidiennes, après avoir été accusé d’avoir interféré dans l’enquête sur le meurtre et protégé des collaborateurs.
D’autres condamnations avaient déjà été prononcées dans ce dossier. En octobre 2022, deux frères avaient écopé de quarante ans de prison chacun pour avoir fabriqué, posé et déclenché la bombe. En juin 2025, deux autres hommes avaient été condamnés à la réclusion à perpétuité pour avoir fourni l’explosif utilisé lors de l’attentat. Le commanditaire présumé, lui, repart libre.
La famille de la journaliste a réagi dans un communiqué publié dans la foulée du verdict. « Yorgen Fenech a été acquitté de l’assassinat brutal de Daphne, neuf ans après qu’elle a été tuée, la privant ainsi de la justice qu’elle mérite », ont-ils écrit, avant d’appeler à ce que « tous ceux qui ont permis, facilité ou protégé ses meurtriers rendent des comptes ». La famille a également pointé des « défaillances institutionnelles qui ont rendu son meurtre possible » et qui « n’ont toujours pas été traitées ni corrigées ».
Reporters sans frontières a exprimé sa propre indignation. « Ce verdict signifie que, près de neuf ans après l’assassinat de Daphne Caruana Galizia, les autorités maltaises n’ont toujours pas réussi à identifier ni à condamner le commanditaire », a déclaré l’ONG, rappelant que l’enquête publique menée sur ce crime avait conclu que l’absence de mesures de protection des journalistes avait contribué à sa mort.

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