Les États-Unis ont fait savoir au président Volodymyr Zelensky que l’Ukraine devrait accepter un cadre élaboré par Washington pour mettre fin à la guerre, incluant la cession de territoires et la réduction d’une partie de ses capacités militaires, ont indiqué mercredi deux sources informées du dossier. Selon ces témoins, qui ont requis l’anonymat, le plan comprendrait également une diminution des effectifs des forces armées ukrainiennes, Washington souhaitant que Kiev approuve les principaux éléments de la proposition.
Un tel scénario constituerait un revers majeur pour Kiev alors que les forces russes réalisent de nouvelles avancées dans l’est du pays et que la classe politique ukrainienne fait face à une crise provoquée par un scandale de corruption ayant entraîné le limogeage de deux ministres. La Maison Blanche n’a pas commenté directement ces informations, tandis que le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a simplement évoqué l’élaboration d’« idées sérieuses et réalistes » nécessitant des concessions difficiles de la part des deux camps pour parvenir à une paix durable.
Un haut responsable ukrainien a confirmé que Kiev avait reçu des « signaux » concernant ces propositions américaines, qui auraient été discutées entre Washington et Moscou sans participation ukrainienne. Zelensky, en déplacement en Turquie mercredi pour rencontrer le président Recep Tayyip Erdogan, doit recevoir jeudi à Kiev une délégation militaire américaine. Le dirigeant ukrainien a appelé à un leadership américain « efficace et fort » pour mettre fin au conflit, affirmant que seuls les États-Unis et Donald Trump avaient « la force suffisante » pour imposer une paix durable.
Les discussions s’intensifient alors qu’aucune rencontre directe n’a eu lieu entre Kiev et Moscou depuis l’été, et que les forces russes poursuivent leurs opérations, notamment des frappes ayant fait 25 morts dans la nuit de mardi à mercredi. Moscou n’a montré aucun signe d’assouplissement de ses conditions : renoncement de l’Ukraine à l’OTAN et retrait de ses forces des quatre provinces revendiquées par la Russie, ce que Kiev refuse catégoriquement. Les forces russes contrôlent aujourd’hui environ 19 % du territoire ukrainien, continuant une progression lente.
Selon le média Axios, citant un responsable américain, la dernière version du plan américain prévoirait que l’Ukraine cède une partie de l’est du pays en échange de garanties de sécurité américaines pour Kiev et l’Europe contre toute future agression russe. Certains diplomates européens ont jugé que les propositions pourraient viser à exercer une pression accrue sur Kiev, tout en estimant qu’aucune solution durable ne pouvait ignorer la position ukrainienne ni celle des alliés européens de Washington.
Une délégation américaine, dirigée par le secrétaire à l’Armée de terre Dan Driscoll et incluant le chef d’état-major Randy George, se trouve actuellement à Kiev pour une mission d’information et doit rencontrer Zelensky jeudi. Ce regain d’activité diplomatique coïncide avec une hausse marquée du prix des obligations ukrainiennes, signe que les investisseurs anticipent une accélération des efforts de Washington pour mettre fin à un conflit qui dure depuis plus de trois ans et demi.