C’est un basculement historique : pour la première fois, l’obésité touche davantage d’enfants et d’adolescents que la sous-nutrition. Selon un rapport publié mardi 9 septembre par l’Unicef, 2025 marque un tournant inquiétant dans la santé des 5-19 ans. La prévalence de l’obésité atteint désormais 9,4 %, contre 9,2 % pour l’insuffisance pondérale. Autrement dit, la malbouffe a supplanté la faim.
Des chiffres vertigineux et un environnement toxique
Les données compilées dans 190 pays montrent l’ampleur du phénomène : 391 millions de jeunes étaient en surpoids en 2022, dont 163 millions obèses. Les projections avancent 188 millions d’enfants et d’adolescents obèses en 2025. Les conséquences dépassent le simple excès de poids : diabète, risques cardiovasculaires, certains cancers, mais aussi détresse psychologique liée au regard social. L’Unicef pointe un coupable central : l’industrie agroalimentaire et son marketing agressif. Boissons sucrées, encas ultratransformés et produits pauvres en nutriments envahissent les écoles et les foyers, souvent à des prix plus bas que les aliments frais. Les experts rejettent l’idée selon laquelle le sport pourrait compenser ces excès : aucune activité physique ne peut effacer les effets délétères d’une alimentation déséquilibrée.
Un problème global, des réponses encore timides
Longtemps concentrée dans les pays riches, l’obésité gagne désormais les nations pauvres, où elle coexiste avec la sous-nutrition. Dans certaines îles du Pacifique, plus d’un tiers des jeunes sont obèses, tandis que d’autres continuent de souffrir de la faim. L’Unicef dénonce un « échec de la société » et appelle les gouvernements à agir fermement : restrictions publicitaires, taxes sur les produits néfastes, renforcement de l’étiquetage nutritionnel, incitations à la production locale de fruits, légumes et protéines de qualité. Après avoir franchi le cap du milliard d’obèses dans le monde début 2024, la planète se dirige, selon une étude du Lancet, vers une situation où six adultes sur dix et un tiers des enfants seront en surpoids d’ici 2050. Face à cette épidémie mondiale, le dernier rapport de l’Unicef se veut un rappel brutal : la faim recule, mais la malbouffe gagne, et elle tue aussi.