Les espoirs de l’Irak d’atteindre l’autosuffisance en blé s’effritent sous l’effet d’une grave crise de l’eau, alimentée par la sécheresse persistante et par la baisse des débits des fleuves Tigre et Euphrate. Dans plusieurs régions agricoles, les réserves hydriques ont atteint des niveaux critiques, compromettant les récoltes et fragilisant les moyens de subsistance des agriculteurs.
Dans le sud du pays, de nombreux cultivateurs expliquent que l’irrigation est devenue aléatoire, voire impossible par endroits. Les barrages construits en amont, notamment en Turquie et en Iran, réduisent fortement l’arrivée d’eau en Irak, aggravant les effets du changement climatique et des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes.
Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production céréalière irakienne devrait reculer cette saison, forçant le pays à augmenter ses importations de blé. Une perspective qui pèse sur les finances publiques, dans un contexte où les autorités tentaient depuis plusieurs années de réduire la dépendance alimentaire vis-à-vis de l’étranger.
La crise touche aussi le tissu social rural. De nombreux agriculteurs envisagent d’abandonner leurs terres ou de réduire drastiquement les surfaces cultivées, faute d’eau et de soutien suffisant. Certains se tournent vers des emplois précaires en ville, accélérant l’exode rural.
Les autorités irakiennes reconnaissent l’ampleur du défi et affirment travailler sur des solutions, notamment l’amélioration de l’efficacité de l’irrigation et des négociations régionales sur le partage de l’eau. Mais sur le terrain, les producteurs redoutent que ces mesures arrivent trop tard pour sauver les récoltes actuelles.
Dans un pays historiquement considéré comme le grenier du Croissant fertile, la crise de l’eau apparaît désormais comme l’un des principaux obstacles à la sécurité alimentaire, avec des conséquences économiques et sociales appelées à s’aggraver si aucune réponse durable n’est trouvée.