Les images ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux et ont suscité une onde de choc bien au-delà du Gers. Samedi 27 décembre au soir, à Auch, un agriculteur a été mis en joue par plusieurs policiers alors qu’il se trouvait au volant de son tracteur, lors d’une action menée par des manifestants agricoles. La scène, filmée par des témoins, intervient dans un contexte de mobilisation particulièrement tendu autour de la crise agricole et des mesures sanitaires liées à la dermatose nodulaire. Les faits se sont déroulés place de Verdun, en centre-ville d’Auch, lors d’une opération qualifiée de dégradation par les autorités. Selon les éléments communiqués par la Préfecture du Gers, un tracteur équipé d’une épandeuse aurait projeté du fumier sur la façade du journal La Dépêche du Midi aux alentours de 22h30. Une unité de CRS, déjà déployée dans la ville après des dégradations survenues la veille devant la préfecture, est alors intervenue.
Une intervention policière aux versions divergentes
D’après la version officielle, les forces de l’ordre auraient ordonné au conducteur du tracteur de cesser son action et d’immobiliser son engin. La préfecture indique que, malgré ces injonctions, le conducteur aurait entamé une manœuvre jugée dangereuse en avançant vers les policiers, les contraignant à procéder à de nouvelles sommations avec arme sortie. Cette lecture est contestée par les représentants syndicaux agricoles. La Coordination rurale affirme que le tracteur était à l’arrêt et que son conducteur n’aurait pas cherché à foncer sur les forces de l’ordre. Selon cette version, le moteur aurait été remis en marche uniquement pour actionner le dispositif d’épandage, sans intention de mise en danger. Les vidéos diffusées montrent néanmoins une scène particulièrement tendue. On y distingue un officier de police pointant son arme vers la cabine du tracteur, rejoint par au moins un autre CRS adoptant la même posture. Des sommations sont audibles, tandis que les policiers s’approchent du véhicule. Le conducteur finit par couper le moteur. L’agriculteur est interpellé sur place puis placé en garde à vue peu avant 23 heures. La préfecture précise qu’il a été entendu dans le cadre d’une procédure pour violences en réunion. Il est ressorti libre le lendemain matin, mais profondément marqué par l’épisode, selon les responsables syndicaux.
Une émotion vive dans le monde agricole
L’incident a provoqué une réaction immédiate au sein du monde agricole local. Des responsables professionnels ont dénoncé un usage disproportionné de la force et une situation jugée extrêmement dangereuse. Le fait que plusieurs armes aient été braquées sur un manifestant non armé, au volant d’un tracteur, est perçu comme un franchissement de seuil symbolique dans la gestion du mouvement. Au lendemain des faits, les représentants agricoles évoquent un climat de choc et de colère parmi les manifestants. Ils estiment que l’incident risque de radicaliser davantage la mobilisation, déjà nourrie par un sentiment d’incompréhension face aux décisions sanitaires et aux réponses de l’État. Pour eux, la séquence d’Auch illustre une crispation généralisée entre forces de l’ordre et agriculteurs. Les autorités, de leur côté, rappellent le contexte nocturne, les dégradations commises et la nécessité d’assurer la sécurité des personnes et des biens. Elles soulignent que l’intervention des CRS s’inscrivait dans un cadre de maintien de l’ordre face à une situation jugée instable et potentiellement dangereuse. Cet épisode intervient alors que les actions agricoles se multiplient dans plusieurs départements, avec des blocages, des dépôts de fumier et des opérations coup de poing visant des bâtiments publics ou des entreprises. À Auch, la confrontation entre policiers et agriculteurs marque un tournant dans la perception du conflit. Si aucune blessure n’est à déplorer, la portée symbolique des images est forte. Elles alimentent un discours de rupture au sein du mouvement agricole, où certains redoutent désormais une escalade. Dans le Gers comme ailleurs, la mobilisation s’annonce plus tendue, tandis que le dialogue entre autorités et agriculteurs apparaît plus fragile que jamais.