Le constat est aussi clair qu’inquiétant. Dans un rapport à paraître officiellement ce mercredi, la Cour des comptes tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur la gestion des déchets nucléaires en France. Cette fois, il ne s’agit pas des résidus les plus radioactifs, mais des déchets dits de faible activité à vie longue (FAVL), auxquels aucune solution de stockage pérenne n’est encore associée. Leur volume est pourtant massif : près de 280 000 mètres cubes, soit l’équivalent de 75 piscines olympiques.
Des déchets sans tombeau, un projet à l’arrêt
Ces déchets FAVL, bien que peu actifs, présentent une dangerosité durable du fait de leur longue demi-vie. Or, à ce jour, la France ne dispose d’aucun site opérationnel pour les accueillir. Près de 210 000 mètres cubes sont déjà entreposés, notamment par EDF, le reste devant être généré dans les années à venir, essentiellement lors du démantèlement des anciens réacteurs de type UNGG sur les sites de Bugey, Chinon et Saint-Laurent. La seule piste évoquée depuis les années 1990 est un projet d’enfouissement à Soulaines (Aube). Mais ce projet, censé entrer en service il y a plus de 30 ans, n’a jamais dépassé le stade des études préparatoires. Selon la Cour des comptes, il semble aujourd’hui complètement enlisé, dans un contexte de tensions locales et d’indécision politique.
Un passif qui inquiète les magistrats financiers
Le rapport fustige un manque de volontarisme des autorités et une planification déficiente. L’Andra, chargée de trouver une issue, est déjà absorbée par le chantier pharaonique du centre d’enfouissement Cigéo à Bure, destiné aux déchets les plus radioactifs. En parallèle, le volume des FAVL ne cesse d’augmenter, sans solution durable. La Cour des comptes redoute une dérive progressive vers un entreposage de long terme qui ne dirait pas son nom. Elle appelle l’État à trancher rapidement sur une politique claire de gestion de ces déchets, sous peine de léguer aux générations futures un héritage radioactif incontrôlé.