MaPrimeRénov à l’arrêt au 1er janvier, l’impasse budgétaire frappe la rénovation énergétique
MaPrimeRénov à l’arrêt au 1er janvier, l’impasse budgétaire frappe la rénovation énergétique

L’Agence nationale de l’habitat s’est fixé un cap ambitieux pour l’année 2026. Chargée de piloter et de distribuer les aides publiques à la rénovation des logements, l’Anah entend financer des rénovations énergétiques d’ampleur dans 120 000 logements, à condition que le budget de l’État soit adopté. Cet objectif, validé lors du dernier conseil d’administration de l’agence, s’inscrit dans un contexte marqué par une forte pression de la demande, des ajustements budgétaires contraints et une réforme progressive du dispositif MaPrimeRénov’. Dans le détail, cette cible se répartit entre environ 68 000 logements en copropriété et 52 000 logements individuels. Le gouvernement a confirmé que le guichet dédié aux rénovations globales rouvrira à l’ensemble des ménages dès le 1er janvier 2026, après plusieurs mois de restrictions. Toutefois, cette relance reste suspendue à l’adoption du projet de loi de finances. En l’absence de vote, l’ensemble du dispositif serait mécaniquement interrompu, faisant planer une incertitude persistante sur les porteurs de projets.

Un objectif freiné par l’accumulation des dossiers

Si le chiffre de 120 000 rénovations peut sembler élevé, il est déjà relativisé par la situation actuelle. En cette fin d’année, près de 83 000 dossiers restent en attente de traitement, ce qui réduit fortement la capacité réelle de financement pour 2026. Plusieurs élus locaux alertent sur le risque d’engorgement administratif, estimant que la demande dépasse largement les moyens alloués. À Paris, l’adjoint au logement souligne que sans un effort budgétaire massif et pérenne, la machine risque de se gripper durablement, au détriment des ménages engagés dans des parcours de rénovation complexes. Cette tension est en partie l’héritage de l’année 2025. À partir de la fin 2024, MaPrimeRénov’ dédiée aux rénovations globales a connu un afflux massif de demandes. Face à cette dynamique jugée incontrôlable, le gouvernement avait décidé de mettre le dispositif en pause entre juin et septembre 2025, tout en durcissant les conditions d’accès aux aides. Pour 2026, l’Anah affirme avoir ajusté ses paramètres afin d’assurer une continuité du dispositif, notamment en abaissant le plafond maximal des subventions par dossier.

Un financement rééquilibré et sous surveillance

Sur le plan financier, le budget global des aides aux particuliers pilotées par l’Anah atteint 4,4 milliards d’euros pour 2026, dont 3,4 milliards spécifiquement dédiés à la rénovation énergétique. Cette enveloppe repose sur un montage plus fragile que par le passé. La contribution directe de l’État recule de 555 millions d’euros par rapport à l’année précédente. Cette baisse est compensée par un recours accru aux certificats d’économie d’énergie, qui devraient apporter plus d’un milliard d’euros supplémentaires à l’agence. Ce choix suscite toutefois des interrogations chez plusieurs experts. Des analyses récentes estiment que les crédits publics versés en 2025 n’avaient déjà pas permis de satisfaire l’ensemble des demandes, et que le niveau de financement prévu pour 2026 risque de s’avérer insuffisant, même avec les ajustements annoncés. L’Anah assure de son côté disposer de marges de pilotage importantes et prévoit un dialogue renforcé avec les territoires, chacun se voyant attribuer des objectifs et des moyens adaptés, avec un suivi régulier de la dynamique des demandes. En parallèle des rénovations globales, l’agence prévoit également d’accompagner environ 150 000 rénovations dites par geste, lorsque les travaux portent sur un seul type d’intervention. La priorité sera donnée à la décarbonation des systèmes de chauffage, en cohérence avec la stratégie nationale bas carbone. Enfin, face à la montée des signalements, un renforcement des dispositifs de lutte contre la fraude a été acté, incluant la possibilité de contrôles physiques réalisés à distance. À l’aube de 2026, MaPrimeRénov’ apparaît ainsi comme un levier central mais fragile de la politique de transition énergétique du logement, pris entre ambition climatique, contraintes budgétaires et saturation opérationnelle.

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