À Kiruna, en Laponie suédoise, l’une des églises en bois les plus emblématiques du pays s’apprête à entreprendre un voyage hors du commun. Mardi, l’édifice de 600 tonnes, construit il y a 113 ans, sera transporté sur près de cinq kilomètres de routes arctiques pour être installé sur un nouveau site, loin des risques d’affaissement liés à l’exploitation minière.
Cette opération spectaculaire s’inscrit dans un vaste projet de relocalisation de la ville de Kiruna, engagé depuis plus de trente ans. La cité, bâtie au-dessus de la plus grande mine de fer souterraine du monde, voit en effet ses sols fragilisés à mesure que l’exploitation progresse, menaçant habitants et infrastructures. Des milliers de personnes et de bâtiments sont concernés par ce déplacement, l’un des plus ambitieux jamais entrepris en Europe.
Les ouvriers ont déjà réussi à soulever l’église de ses fondations et à la placer sur une remorque spécialement conçue pour l’occasion. Le convoi devrait durer deux jours, avançant lentement afin de préserver l’intégrité du bâtiment aux parois de bois rouge, symbole fort de la ville et de la culture laponne.
Mais si ce transfert est présenté comme une prouesse technique et un moyen de sauvegarder un patrimoine historique, il suscite aussi des inquiétudes. La communauté autochtone sami redoute que la relocalisation de Kiruna, dictée par l’expansion minière, ne menace ses traditions et ses moyens de subsistance, notamment l’élevage de rennes, profondément ancré dans la région.
Pour de nombreux habitants, l’opération est à la fois une nécessité et un crève-cœur : sauver l’église et la ville implique de tourner le dos à leur implantation d’origine, façonnée par plus d’un siècle d’histoire. L’épopée de Kiruna illustre les dilemmes que posent l’industrialisation et l’exploitation intensive des ressources naturelles dans les zones arctiques.