Au lendemain des pluies diluviennes qui ont frappé le sud-est, l’Estaque s’est réveillé méconnaissable. Le quartier marseillais, déjà ravagé par un incendie en juillet, a vu les collines carbonisées vomir un torrent de boue noire. Les ruelles autrefois animées ont été submergées par un flot épais, mélange de terre et de cendres. Les habitants, pelles en main, tentent de reprendre pied dans un décor apocalyptique. Les pluies de dimanche ont lessivé les pentes dénudées par les flammes. Sans végétation pour retenir les sols, les cendres se sont abattues en cascade sur les maisons. Jardins engloutis, garages noyés, routes éventrées : le paysage porte la marque d’un double désastre, celui du feu puis celui de l’eau. La boue a forcé des portes, envahi des salons, déplacé des voitures. Dans certaines rues, cinquante centimètres de dépôt rendent les pas lourds et les déplacements périlleux.
Maisons dévastées et commerces paralysés
Dans les vallons les plus exposés, les habitants avaient redouté ce scénario. Après des semaines de sécheresse, il suffisait d’un orage violent pour transformer les collines brûlées en torrents. Le résultat est à la hauteur de leurs craintes : rideaux baissés, alimentation électrique coupée, routes fissurées. À la pharmacie du village, les frigos sont montés à vingt degrés, condamnant les vaccins et les produits sensibles. À la boulangerie comme ailleurs, il faudra jeter une partie des stocks. Les écoles, les commerces, les foyers, rien n’a été épargné. Certains riverains décrivent un mur d’eau et de cendres dévalant la colline en un quart d’heure, laissant derrière lui un chaos silencieux. On tente de dégager les voitures coincées, de balayer des couches de boue qui collent aux murs et aux sols. Mais au-delà des dégâts matériels, c’est une inquiétude persistante qui s’installe : celle des éboulements à venir, car les falaises fragilisées menacent toujours. Dans ce quartier de Marseille frappé coup sur coup par le feu et par la pluie, la colère se mêle au découragement. L’Estaque vit désormais avec la crainte que chaque averse ne réveille le cauchemar des collines calcinées.