À Marseille, les imposants bus de tourisme ne longeront plus les quais du Vieux-Port. La municipalité a décidé d’interdire leur circulation et leur stationnement dans tout le périmètre, invoquant la nécessité de réduire la pollution et les nuisances. La mesure, déjà testée cet été, devient désormais permanente.
Entre souffle écologique et colère des commerçants
Pour les habitants du quartier, la décision marque un retour à une certaine sérénité. Certains Marseillais affirment redécouvrir la vue sur la Bonne Mère sans les colonnes de véhicules stationnés à longueur de journée. L’un d’eux confie vouloir « rendre le Vieux-Port aux Marseillais », estimant que les cars encombraient le cœur battant de la cité phocéenne. Mais du côté des restaurateurs, la mesure divise. Lucas Fédérici, installé face au port, admet avoir ressenti une accalmie bienvenue pendant l’été, tandis que d’autres redoutent une chute d’activité. Azedine Ziani, pizzaiolo, parle même d’une « mort lente » du secteur, craignant des licenciements et une baisse du chiffre d’affaires à mesure que les groupes touristiques se tiendront à distance.
Un tourisme repensé, mais pas sans tensions
Marseille accueille chaque année près de 2,5 millions de croisiéristes, dont une grande partie convergeait jusqu’ici vers le Vieux-Port. Les cars les déposent désormais à environ 500 mètres du centre, allongeant les trajets et provoquant embouteillages et files doubles, selon plusieurs chauffeurs. Certains dénoncent une organisation chaotique : « pour faire le tour, il faut compter trente minutes de plus », regrettent-ils, redoutant une perte de temps et de revenus pour les commerces locaux. La mairie assume pourtant le virage. Anthony Krejhmeier, maire (PS) des 2ᵉ et 3ᵉ arrondissements, plaide pour une autre approche du tourisme urbain. Il estime que « les visiteurs n’ont pas besoin de descendre devant l’hôtel de ville pour apprécier Marseille » et encourage la création de circuits passant par le Panier, quartier emblématique voisin. Selon lui, il s’agit de favoriser un tourisme de découverte plutôt que de simple passage en bus. Si certains croisiéristes saluent la décision et disent préférer explorer la ville à pied, la Fédération nationale du transport de voyageurs envisage de déposer un recours devant le tribunal administratif. Dans la cité portuaire, la bataille entre apaisement urbain et vitalité économique vient tout juste de commencer.