Landes de Gascogne : la forêt prise à la gorge par l'appétit industriel
Landes de Gascogne : la forêt prise à la gorge par l'appétit industriel

Longtemps considéré comme un atout climatique et un moteur économique pour la Nouvelle-Aquitaine, le massif des Landes de Gascogne est aujourd’hui menacé par sa propre attractivité. La montée en flèche de la demande en bois, alimentée par la transition écologique et les projets industriels émergents, alarme les acteurs de la filière. Entre pénurie annoncée, hausse des prix et déséquilibres structurels, c’est l’avenir de toute une forêt  et des milliers d’emplois qui vacille. Avec un million d’hectares et une dominante de pins maritimes, le massif landais reste l’un des plus vastes d’Europe. Il emploie 34 000 personnes dont près de 13 000 en sylviculture. Mais la Fédération des industries du bois de Nouvelle-Aquitaine (FIBNA) tire la sonnette d’alarme : la ressource forestière ne pourra pas répondre simultanément aux besoins croissants des filières traditionnelles, construction, papier, isolation et aux ambitions industrielles qui s’annoncent. D’ici 2030, quatre nouvelles usines doivent s’installer autour du massif pour produire carburants, panneaux, pellets ou bio-charbon. Des projets jugés prématurés, voire déstabilisateurs.

Un équilibre forestier en péril

La tension ne vient pas seulement de la demande mais aussi de la fragilité du terrain. Dévastée par les tempêtes de 1999 et 2009, puis affaiblie par les incendies de 2022, la forêt peine à retrouver un rythme d’exploitation stable. Or, selon la FIBNA, la ressource disponible d’ici 2036 suffirait à peine à alimenter les sites actuels, sans marge de sécurité. Si l’on y ajoute une hausse de la demande estimée à 15 %, le déséquilibre est inévitable. La concurrence pour le bois s’intensifie déjà, au risque d’enflammer les prix et de sacrifier certaines activités. Cédric Bénesteau, coordinateur régional de Collectivités forestières, redoute une explosion des coûts pour les structures publiques qui se sont récemment dotées de réseaux de chauffage à la biomasse. Face à des industriels prêts à acheter le bois au prix fort, les collectivités pourraient devoir revoir leur modèle économique. Et ce sont les filières historiques, comme celle du bois d’œuvre, essentielle à la séquestration du carbone, qui risquent d’être les premières touchées, évincées par des usages plus rapides et moins durables comme les carburants ou les granulés de bois. Dans ce contexte, les professionnels réclament une évaluation globale, chiffrée, de la ressource régionale. Car si chaque industriel brandit son étude d’impact, aucune analyse n’intègre aujourd’hui l’effet cumulatif de l’ensemble des projets. En l’absence d’arbitrages clairs, le secteur craint des délocalisations, voire des faillites. Un comble, alors que la forêt, censée incarner la solution climatique, pourrait bientôt devenir la première victime de la transition mal pilotée.

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