La ville de Gabès, dans le sud de la Tunisie, a été paralysée mardi par une grève générale accompagnée de manifestations massives pour dénoncer la pollution provoquée par un complexe chimique public. Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues pour exiger la fermeture du site industriel du Groupe chimique tunisien (CGT), accusé depuis des années de nuire gravement à l’environnement et à la santé des habitants.
Les manifestants, venus de plusieurs quartiers et localités environnantes, ont brandi des pancartes appelant à « sauver Gabès » et à « mettre fin au poison industriel ». Le mouvement social, soutenu par les syndicats et des organisations environnementales, a entraîné la fermeture des écoles, des administrations et de nombreux commerces. Les transports ont également été fortement perturbés.
Le complexe chimique de Gabès, spécialisé dans la production de phosphate et d’engrais, rejette depuis des décennies des déchets toxiques dans la mer et l’air, provoquant une dégradation dramatique de l’écosystème côtier. Les habitants dénoncent une recrudescence des maladies respiratoires et une baisse inquiétante des ressources marines, essentielles pour l’économie locale.
Cette mobilisation s’inscrit dans une vague plus large de protestations environnementales et sociales qui secouent la Tunisie depuis plusieurs semaines. La colère populaire est attisée par une crise économique persistante, marquée par l’inflation, le chômage et des coupures récurrentes d’eau et d’électricité.
Pour le président Kaïs Saïed, ces manifestations représentent l’un des plus grands défis politiques depuis sa prise de pouvoir en 2021. Le chef de l’État, qui a concentré entre ses mains l’essentiel des pouvoirs institutionnels, fait face à une contestation croissante de sa gestion autoritaire et de l’aggravation des difficultés économiques.
À Gabès, les manifestants promettent de maintenir la pression tant qu’aucune mesure concrète ne sera prise pour fermer l’usine et restaurer l’environnement local. Le gouvernement, de son côté, a promis d’ouvrir une enquête et d’évaluer l’impact environnemental du site, sans toutefois annoncer de calendrier précis.