À l’aube, dans les forêts de l’ouest du Ghana, prêtres, agriculteurs et habitants sillonnent les sentiers à la recherche de traces d’orpaillage illégal. Depuis un an, ces volontaires composent la Jema Anti-Galamsey Advocacy, une patrouille citoyenne née pour contrer une pratique qui empoisonne les rivières du pays, premier producteur d’or d’Afrique.
Leur mobilisation s’explique autant par des raisons écologiques que sociales : l’appât du gain attire des milliers de jeunes sans emploi vers le galamsey — contraction de « gather and sell » (« ramasser et vendre ») — tandis que l’économie ghanéenne subit un lourd manque à gagner. Selon l’ONG Swissaid, le Ghana aurait perdu plus de 11 milliards de dollars en cinq ans à cause de la contrebande d’or.
La zone de Jema, qui s’étend sur 450 km², fait figure d’exception : ses rivières demeurent relativement propres. Ses 14 membres patrouillent chaque semaine, armés de simples bâtons, pour détecter les eaux troublées par les boues minières ou les clairières fraîchement ouvertes. Ils interpellent parfois les suspects avant de les remettre à la police, comme la loi ghanéenne les y autorise. Deux ressortissants nigériens ont ainsi été arrêtés en flagrant délit, mais leur procès s’enlise, suscitant des appels à la création de tribunaux spéciaux pour juger ces infractions.
Le père catholique Joseph Blay, à l’origine du collectif, affirme que ces efforts ont permis de préserver la pureté des sources locales : « Si nous cessons de nous battre, nous perdrons tout », prévient-il. Mais certains membres reconnaissent les risques encourus : « Nous recevons parfois des menaces de mort », confie Patrick Fome, en évoquant le danger d’affronter des mineurs armés.
Cette initiative locale intervient alors que le président John Mahama, élu en janvier, tente de relancer la lutte nationale contre l’orpaillage illégal. Une task force gouvernementale a été créée, mais beaucoup dénoncent un manque de volonté politique. Des ONG, comme A Rocha Ghana, redoutent aussi que des groupes non encadrés comme celui de Jema ne commettent des abus ou ne nourrissent des tensions ethniques.
À Jema même, le consensus se fissure. La flambée des prix des engrais et le chômage poussent certains habitants à vouloir collaborer avec les orpailleurs. « Il n’y a plus d’argent dans l’agriculture », confie un jeune de 27 ans prêt à vendre ses terres.
Pour restaurer l’unité du village, le père Blay plaide pour des alternatives économiques durables, comme la création d’un parc écotouristique dans la forêt de Jema. Selon lui, le modèle communautaire local pourrait inspirer d’autres régions si l’État décidait enfin de s’y engager pleinement.