Dans l’estuaire de Longa, en Angola, Joaquim Avelino Fragoso, qui chassait autrefois les tortues marines pour se nourrir ou gagner un peu d’argent, consacre désormais ses journées à protéger les mêmes animaux qu’il tuait. Ce changement de vie spectaculaire témoigne d’un mouvement local grandissant, où d’anciens chasseurs se mobilisent pour préserver une espèce menacée.
Fragoso patrouille aujourd’hui les mangroves, lagunes et plages du village de Hojiua, une zone d’une riche biodiversité où les tortues marines viennent pondre leurs œufs. « J’aime observer les tortues lorsqu’elles viennent pondre sur la terre ferme, puis retournent à la mer », confie-t-il. Pour lui, comme pour plusieurs habitants de la région, la préservation de ces animaux est devenue une source de fierté et un engagement durable.
L’estuaire de Longa est un site crucial pour la reproduction des tortues marines, dont certaines espèces sont en danger critique d’extinction. Pendant des décennies, la chasse intensive a contribué à l’effondrement de leurs populations. Aujourd’hui, grâce à des initiatives environnementales locales, des programmes de sensibilisation et l’implication d’ONG, les mentalités évoluent et les anciens chasseurs deviennent des alliés dans la lutte pour leur survie.
Les villageois participent à des patrouilles, surveillent les plages de nidification et aident les biologistes à examiner et protéger les tortues. Ce travail de terrain permet de mieux comprendre la dynamique de reproduction des espèces et de réduire les menaces, notamment le braconnage et la destruction des nids.
Ce renversement de rôle illustre un changement profond au sein des communautés locales, qui voient désormais dans la protection des tortues marines une opportunité de préservation de leur environnement, mais aussi un moyen de développer un écotourisme naissant. Pour des hommes comme Fragoso, la transformation est à la fois personnelle et collective : « Aujourd’hui, je protège ce que j’ai autrefois détruit. »