L’année 2024 marque un tournant inquiétant pour les forêts de la planète : selon un rapport publié mercredi par le World Resources Institute (WRI) et l’Université du Maryland, les incendies de forêt, exacerbés par le changement climatique, ont causé une perte record de 6,7 millions d’hectares de forêts tropicales primaires, soit une hausse de 80 % par rapport à 2023. Cette superficie équivaut à celle du Panama, faisant de cette année la pire jamais enregistrée en matière de déforestation tropicale causée par le feu.
Le Brésil arrive en tête de cette dévastation, avec 2,8 millions d’hectares disparus, un chiffre en nette hausse par rapport aux progrès enregistrés l’an dernier sous le président Luiz Inácio Lula da Silva, qui avait pourtant promis de protéger l’Amazonie. La sécheresse extrême, la plus sévère jamais enregistrée dans la région, a contribué à rendre inflammable un écosystème naturellement humide et normalement peu exposé aux incendies.
C’est la première fois que les incendies deviennent la principale cause de destruction des forêts tropicales, ont souligné les chercheurs. « Les signaux sont alarmants. Le climat évolue plus rapidement que notre capacité à réagir », a averti Matthew Hansen, codirecteur du laboratoire de télédétection de l’Université du Maryland.
La situation est tout aussi préoccupante dans d’autres pays d’Amérique latine. En Bolivie, la perte de forêt a triplé en 2024, surpassant même celle de la République démocratique du Congo, traditionnellement en deuxième position. La combinaison de la sécheresse, des incendies et de l’expansion agricole soutenue par le gouvernement explique cette accélération dramatique. Des tendances similaires ont été observées au Mexique, au Pérou, au Nicaragua et au Guatemala.
En dehors des tropiques, les forêts boréales du Canada et de la Russie ont également été ravagées, chacune perdant plus de 5 millions d’hectares en raison d’incendies devenus incontrôlables. Les forêts boréales, bien que naturellement adaptées aux feux, n’avaient jamais connu de telles pertes.
L’Asie du Sud-Est fait figure d’exception. Des pays comme l’Indonésie, la Malaisie et le Laos ont enregistré une baisse notable de la perte de forêts primaires, grâce à une meilleure gouvernance environnementale, à la mobilisation communautaire et à l’implication du secteur privé.
Le rapport cite également le cas du territoire indigène bolivien de Charagua Iyambae, qui a réussi à freiner les incendies grâce à des systèmes d’alerte précoce et à une gestion raisonnée de l’usage des terres, démontrant que des alternatives efficaces sont possibles.
Alors que la ville brésilienne de Belém se prépare à accueillir le prochain sommet mondial sur le climat en novembre, les experts appellent à des mécanismes de financement plus justes et plus incitatifs pour la conservation. « Aujourd’hui, il est encore plus rentable de couper une forêt que de la préserver », déplore Rod Taylor, directeur mondial des forêts au WRI.