Après un périple de plusieurs semaines, un bateau transportant des dizaines de dirigeants autochtones venus de toute l’Amérique latine a accosté dimanche à Belém, au Brésil, à la veille du sommet mondial sur le climat COP30. Parti d’un glacier des Andes, le convoi symbolique visait à attirer l’attention sur la destruction accélérée des écosystèmes et à réclamer une place plus importante pour les peuples autochtones dans les décisions liées à la gestion des terres et à la lutte contre le changement climatique.
« Nous ne voulons pas seulement des promesses de financement, nous voulons un véritable pouvoir de décision », a expliqué Lucia Ixchiu, membre du peuple K’iche’ du Guatemala. « Les territoires autochtones ne doivent plus être sacrifiés au nom des intérêts économiques. »
Le voyage, baptisé Yaku Mama (« Mère de l’eau »), a mis en lumière les menaces qui pèsent sur les forêts tropicales, notamment l’exploitation minière, pétrolière et forestière. Selon un rapport publié récemment par Earth Insight et l’Alliance mondiale des communautés territoriales, près de 17 % des zones amazoniennes administrées par des peuples autochtones sont aujourd’hui menacées par ces activités extractives.
À leur arrivée à Belém, les passagers ont été accueillis par une foule enthousiaste et ont organisé une cérémonie traditionnelle composée d’offrandes de bougies, de graines, de feuilles de coca et d’un fœtus de lama. Ces rituels visaient à remercier la Terre Mère et à demander sa bénédiction avant le début des discussions de la COP.
Tout au long du parcours du Pérou à la Colombie, puis au Brésil , la délégation a organisé des événements culturels et politiques : funérailles symboliques des énergies fossiles, projections de films communautaires et ateliers de sensibilisation. Ils ont également constaté de visu les effets de la pollution et de la déforestation sur les eaux de l’Amazone.
Leur itinéraire, reliant les glaciers andins aux rivières amazoniennes, voulait rappeler la fragilité du cycle de l’eau dans la région. Les Andes, qui fournissent près de la moitié du débit du fleuve Amazone, ont perdu jusqu’à 50 % de leurs glaciers depuis les années 1980, selon un rapport des Nations Unies.
Pour Lucia Ixchiu, ce long voyage a ravivé l’espoir : « Malgré les tensions géopolitiques et la lenteur des négociations, j’ai vu l’engagement d’une génération de jeunes autochtones déterminés à défendre la vie et la biodiversité. C’est la COP de l’Amazonie, car nous sommes ici pour faire entendre nos voix et réclamer nos droits sur nos terres. »