Lancée en 2023, l’initiative « Quartiers de demain » entre dans sa phase concrète. Dix projets de rénovation urbaine portés par des architectes, urbanistes et paysagistes viennent d’être dévoilés à Paris, avec l’ambition de transformer des quartiers prioritaires en laboratoires exemplaires de transition écologique, sociale et architecturale.
Conçue comme une expérimentation à l’échelle nationale, la consultation « Quartiers de demain » a pour objectif de revaloriser l’existant tout en tenant compte des urgences environnementales et sociales. Pilotée par le Groupement d’intérêt public Europe des projets architecturaux et urbains (GIP ÉPAU), cette initiative a mobilisé trente équipes pluridisciplinaires sur dix sites situés dans des quartiers dits « politique de la ville », en zones urbaines ou semi-rurales. À la suite d’un appel à projets qui avait suscité près de 500 candidatures, dix lauréats ont été désignés le 2 décembre 2025 à la Cité de l’architecture et du patrimoine, lors d’une cérémonie marquant aussi l’ouverture d’une exposition qui présente l’ensemble des propositions jusqu’au 30 mars 2026.
Réhabiliter l’existant en s’appuyant sur les habitants
À Corbeil-Essonnes, l’une des opérations les plus emblématiques consiste à transformer l’ancienne chaufferie monumentale des Tarterêts en médiathèque. Ce bâtiment des années 1970, conçu par Roland Dubrulle et Jean-Pierre Jouve, symbolisait autant l’ambition architecturale que l’abandon des grands ensembles. Fayad Abdou, 19 ans, habitant du quartier et membre d’un des jurys citoyens mis en place dans chaque site, a participé activement à la réflexion. Il souligne l’importance d’avoir enfin été entendu dans un processus souvent jugé inaccessible par les riverains.
La consultation s’est appuyée sur 216 jurys citoyens, constitués pour suivre de près les propositions. Des ateliers participatifs, des résidences sur site et même des immersions chez l’habitant ont permis aux équipes de concepteurs de mieux appréhender les réalités locales. Cette méthode vise à replacer les habitants au cœur de la transformation, et non à leur imposer un modèle unique depuis les sphères institutionnelles.
Une approche écologique et patrimoniale assumée
Le projet s’inscrit dans une volonté de rompre avec la logique de la « table rase » qui a longtemps prévalu dans les politiques de rénovation urbaine. Emmanuel Macron, dans une vidéo diffusée en ouverture de l’événement, a insisté sur la nécessité de « valoriser le déjà-là », de préserver le patrimoine existant et de construire à partir des structures héritées du XXe siècle. Les aménagements à venir, qu’il s’agisse de désimperméabilisation des sols, de réhabilitation d’immeubles ou d’aménagements paysagers, intègrent tous les enjeux liés au climat et à la qualité de vie.
Parmi les projets retenus : à Pessac, en Gironde, un programme prévoit de réaménager une tour en introduisant des logements étudiants, des espaces de travail pour artisans et artistes, et des lieux de vie partagés ; à Sedan, dans les Ardennes, un écoquartier va voir ses espaces publics totalement repensés ; à Lodève, dans l’Hérault, les berges de la Lergue seront valorisées et une salle de spectacle créée. Partout, la logique est celle de l’économie circulaire et de la sobriété constructive.
Les dix équipes lauréates, parmi lesquelles Dominique Perrault Architecture (Pessac), l’Atelier du Rouget Simon Teyssou (Lodève), ou encore H2O (Corbeil-Essonnes), débuteront la phase opérationnelle en 2027, pour une mise en œuvre progressive. À travers ces expérimentations, c’est une autre manière de penser la ville qui se dessine, plus respectueuse, inclusive, et ancrée dans son territoire.