Lucy, icône préhistorique, exposée pour la première fois en Europe @wikipedia Commons
Lucy, icône préhistorique, exposée pour la première fois en Europe @wikipedia Commons

Découverte en 1974 en Éthiopie, la célèbre australopithèque Lucy fait pour la première fois le voyage jusqu’en Europe. Ses ossements fossilisés, parmi les plus précieux jamais exhumés et conservés d’ordinaire dans la capitale éthiopienne, sont présentés au public au Musée national de Prague, pour une durée de deux mois.

Une ambassade éthiopienne de l’humanité à Prague

Les 52 fragments du squelette de Lucy – comprenant dents, crâne, bassin et fémur – sont arrivés à Prague soigneusement conditionnés. Âgés de 3,18 millions d’années, ils avaient jusque-là quitté leur pays d’origine qu’à une seule occasion : un voyage exceptionnel aux États-Unis entre 2007 et 2013. Selon Michal Lukes, directeur du musée pragois, ces ossements figurent parmi « les pièces paléoanthropologiques les plus précieuses et les plus anciennes au monde », et leur exposition européenne constitue une « opportunité historique » rendue possible par un prêt de soixante jours du Musée national d’Éthiopie.

Aux côtés de Lucy, les visiteurs peuvent également découvrir le squelette de Selam, jeune australopithèque morte à 2 ans et 7 mois, antérieure de 100 000 ans à Lucy. Découverte en 2000 et jusqu’ici jamais montrée en dehors d’Addis-Abeba, elle est parfois surnommée « le plus vieil enfant du monde ». La ministre éthiopienne du tourisme, Selamawit Kassa, était présente lors de l’inauguration, tout comme Donald Johanson, l’un des co-découvreurs de Lucy avec Maurice Taieb, Yves Coppens, Raymonde Bonnefille et Jon Kalb.

Un tournant majeur dans la compréhension de nos origines

Lucy, initialement cataloguée sous le nom A.L-288-1, fut découverte le 24 novembre 1974 dans la région de l’Afar, au nord-est de l’Éthiopie. Baptisée d’après Lucy in the Sky with Diamonds des Beatles – chanson que l’équipe scientifique écoutait lors des fouilles –, elle mesurait environ 1,10 mètre pour 29 kg, et serait morte entre 11 et 13 ans, ce qui représentait l’âge adulte pour son espèce (Australopithecus afarensis).

Sa conservation exceptionnelle a bouleversé la paléoanthropologie. Comme l’explique Abebaw Ayalew Gella, directeur de l’Autorité éthiopienne de protection du patrimoine, sa découverte a « révolutionné notre compréhension des ancêtres de l’humanité, par son ancienneté comme par son intégrité ». Si elle fut longtemps qualifiée de « grand-mère de l’humanité », les avancées scientifiques récentes revoient plutôt sa place dans notre arbre généalogique : celle d’une cousine ou d’une tante.

Selon une étude parue en 2016 dans Nature, Lucy passait une partie de son temps dans les arbres, notamment pour dormir à l’abri des prédateurs, et aurait probablement trouvé la mort après une chute. Depuis sa découverte, d’autres hominidés plus anciens comme Toumaï (7 millions d’années, Tchad) ou Ardi (4,5 millions d’années, Éthiopie) ont été mis au jour, complexifiant encore la cartographie de nos origines.

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