La ville nord-irlandaise de Ballymena est sous le choc après une nouvelle nuit d’émeutes à caractère raciste ayant visé des familles de migrants. Parmi elles, plusieurs foyers philippins ont fui leurs domiciles mardi soir après l’irruption de groupes de jeunes encagoulés, responsables de violences ciblées dans les rues de cette commune de 30 000 habitants. L’un des témoins, Michael Sancio, a raconté à Reuters avoir été réveillé à minuit par des coups violents portés aux fenêtres de sa maison, où il vit avec sa femme, sa fille, et un autre couple, tous originaires des Philippines.
Craignant pour leur vie, ils ont pris leurs passeports et quelques affaires avant de s’enfuir. Leur voiture, garée devant le domicile, a été incendiée par les assaillants. « J’ai paniqué, car ma fille était à l’intérieur », a confié Sancio, employé chez un constructeur de bus local. La famille a trouvé refuge chez un ami, puis dans une caravane fournie par une église locale. D’autres familles ont suivi, redoutant que la violence ne prenne encore de l’ampleur.
Ces violences sont survenues après l’arrestation de deux adolescents de 14 ans, accusés de viol aggravé sur une jeune fille. L’annonce de ces accusations, lues au tribunal par un interprète roumain, semble avoir déclenché une vague de colère xénophobe visant la communauté migrante dans son ensemble, malgré l’absence de tout lien établi avec les Philippins. Sancio affirme que les assaillants ont crié qu’ils ne visaient pas les Philippins, mais la peur reste omniprésente.
Dans les rues de Ballymena, les habitants d’origine philippine ont collé sur leurs portes des autocollants arborant les drapeaux philippin et britannique, avec des messages comme « Un Philippin vit ici », dans une tentative désespérée de se distinguer des cibles supposées. Des drapeaux de l’Union Jack ont été hissés par d’autres résidents, dans un geste interprété à la fois comme une marque d’allégeance et une tentative de dissuasion face aux émeutiers.
La députée Sian Mulholland, du Parti de l’Alliance, a révélé qu’elle recevait des appels de familles barricadées chez elles jusqu’au milieu de la nuit, vivant dans des logements insalubres, exposées à la fois à la précarité et à la violence. « Ces familles vivent dans une misère sordide », a-t-elle dénoncé, appelant à une réponse d’urgence des autorités.
Michael Asuro, qui partageait la maison avec Sancio, a déclaré être venu en Irlande du Nord pour « une vie meilleure ». Sa compagne, Jessa Sagarit, traumatisée, envisage désormais de quitter la ville. Tandis que la police se prépare à d’éventuelles nouvelles violences, beaucoup de familles philippines s’interrogent sur leur avenir à Ballymena. « Nous ressentons une peur extrême », a conclu Asuro.