Vente de SFR : la vente « par appartements » se dessine, la pression s'accentue sur les opérateurs français
Vente de SFR : la vente « par appartements » se dessine, la pression s'accentue sur les opérateurs français

Après avoir restructuré la dette d’Altice de manière inespérée, Patrick Drahi semble bien décidé à ne pas brader l’opérateur au carré rouge. Pour garder la maîtrise du temps, le milliardaire peut s’appuyer sur les bons résultats de certains de ses actifs, comme SFR Caraïbe. Alors qu’une seconde offre du trio Orange, Bouygues Telecom et Free pourrait se profiler, Drahi garde plus que jamais la main.

« Petit mais costaud » : SFR Caraïbe pourrait sans honte se parer du fameux slogan publicitaire utilisé dans les années 1980 par une non moins fameuse marque de confiserie. Alors qu’en métropole la marque au carré rouge fait l’objet de vives négociations en vue d’un potentiel rachat, Outremer Telecom, la filiale ultramarine du groupe Altice, collectionne, en toute discrétion, les bons points. Lancée en 2015 en Guyane, Guadeloupe et Martinique, SFR Caraïbe talonne désormais le leader Orange et célèbre donc ses dix ans d’existence sous les meilleurs auspices.

Bonnes notes, bonnes performances et en conquête : SFR Caraïbe, la perle tropicale d’Altice

Les dernières évaluations de l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) sont en effet élogieuses. D’après l’institution, Outremer Telecom/SFR Caraïbe se classe 1ere ou 1ere ex æquo avec Orange sur plus de 85% des critères de qualité Internet mobile dans la région. La filiale d’Altice revendique notamment le meilleur réseau Internet mobile en Guadeloupe et Guyane. De bons résultats donc, qui confirment ceux obtenus plus tôt cette année au terme de l’enquête nPerf 2025.

Loin de se reposer sur ses lauriers, SFR Caraïbe est en conquête. L’entreprise vient ainsi de remporter le marché de La Centrale d’achat de l’informatique hospitalière (CAIH). Un joli contrat de quatre ans, auprès d’une centrale qui affiche 1 200 adhérents et un chiffre d’affaires de près de 200 millions d’euros. Et qui devrait conforter la croissance d’Altice dans la région, alors que le chiffre d’affaires d’Outremer Telecom est, selon les derniers chiffres disponibles, passé de 164,6 millions d’euros en 2020 à 177,5 millions d’euros en 2023. Des bonnes performances qui, sans y être liées, font écho à l’actualité, pour le moins chargée, d’Altice de l’autre côté de l’Atlantique.

La vente « par appartements » prend forme

SFR Caraïbe n’est en effet pas le seul actif de qualité d’Altice à faire la une. Après une homérique bataille avec ses créanciers, le groupe de Patrick Drahi est parvenu à restructurer sa dette, dont une bonne partie a été purement et simplement effacée. En bien meilleure forme financière qu’auparavant, le géant des télécoms aiguise donc les appétits de ses concurrents – à commencer par ses trois rivaux tricolores, Orange, Bouygues Telecom et Illiad (Free), qui en octobre dernier ont proposé 17 milliards d’euros pour racheter SFR. Une offre sèchement rejetée par un Patrick Drahi qui, se sachant en position de force, fait depuis planer la perspective d’une vente « par appartements » des plus beaux actifs du groupe.

SFR Caraïbe n’était, certes, pas concerné par l’offre du consortium français. Mais d’autres actifs d’Altice pourraient, en l’absence d’une proposition globale jugée suffisante par l’homme d’affaires franco-israélien, être cédés au plus offrant. Fin novembre, on apprenait ainsi qu’Altice était sur le point de vendre Intelcia, le groupe de centres d’appels dont il détenait jusqu’alors 65% du capital. Valorisé autour de 500 millions d’euros, le groupe acquis en 2016 par Drahi a, entre temps, multiplié son chiffre d’affaires par dix, pour atteindre 750 millions d’euros. C’est donc sans surprise que ses fondateurs marocains ont tenu à « exprimer (leur) gratitude à Altice pour l’accompagnement constant durant ces années ».

Patrick Drahi ne manque pas de cartes dans sa manche. Dernière en date : la fameuse « Netco ». Cette colonne vertébrale du réseau (regroupant la dorsale longue distance et les zones très denses) suscite déjà l’appétit de quatre fonds d’infrastructures, dont les géants américains KKR et Blackstone, qui la valoriseraient jusqu’à 5,6 milliards d’euros. Ajoutons à cela SFR Business, la branche B2B pesant 1,3 milliard d’euros et déjà convoitée par cinq repreneurs potentiels, et la stratégie du démembrement devient plus que crédible.

Drahi garde la main

Tout n’est pas gagné cependant pour Patrick Drahi. Avantageuse à court terme, la vente « par appartements » génère des bénéfices immédiats et contribue au désendettement d’Altice. Mais, relèvent certains observateurs, cette tactique a l’inconvénient d’obérer la vente des actifs les moins séduisants d’Altice, qui auraient trouvé preneur s’ils avaient été vendus en « pack ». « Il est facile de vendre les actifs les plus rentables en premier », confie un banquier d’affaires aux Echos, mais « le problème, c’est de se retrouver ensuite avec d’autres actifs de moins bonne qualité dans son portefeuille, ce qui ne maximiserait pas la valeur globale des cessions ».

Sans minorer ces risques, l’actualité récente semble pourtant donner raison à la stratégie de Drahi : après avoir restructuré la dette d’Altice avec brio et refusé une première offre de rachat de SFR, le milliardaire garde plus que jamais la main. Ainsi du côté du consortium Orange-Free-Bouygues, on n’use déjà plus du vocabulaire employé en octobre, quand l’offre avancée était présentée comme la première et la dernière. Arthur Dreyfuss, le PDG d’Altice France, botte lui en touche : « nous avons des actifs de qualité avec plusieurs options », lance-t-il au quotidien économique, « mais nous avons le temps devant nous ». Qui peut en dire autant ?

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