Mercredi, TUI a envoyé un signal clair aux marchés: le premier groupe touristique mondial n’avance pas les yeux fermés quand la géopolitique s’enflamme. Le groupe basé à Hanovre abaisse sa prévision de rentabilité pour l’exercice décalé 2025-2026, en pointant la guerre en Iran qui installe, selon ses mots, une « prudence accrue » chez les clients.
Concrètement, TUI dit viser au mieux un résultat opérationnel stable d’ici fin septembre et suspend temporairement ses prévisions de chiffre d’affaires, le temps d’une « stabilisation du contexte ». Le conflit au Moyen-Orient et l’incertitude sur sa durée « limitent encore la visibilité à court terme », explique l’entreprise, avec cette conséquence très simple à comprendre pour le lecteur: quand les vacanciers hésitent, les réservations se font plus tard, les arbitrages se multiplient et les marges deviennent plus difficiles à tenir.
À la Bourse de Francfort, la réaction n’a pas traîné: le titre reculait à mi-séance de 2,42%. TUI annonce désormais un EBIT ajusté attendu entre 1,1 et 1,4 milliard d’euros, là où il avait réalisé 1,41 milliard d’euros l’an dernier, une marche arrière qui résume bien l’ambiance actuelle: le tourisme a repris des couleurs depuis le Covid, oui, mais il suffit d’un foyer de tension majeur pour que le ciel se couvre à nouveau.
Quand le détroit se ferme, la rentabilité se serre
Le groupe rappelle aussi un épisode très concret de cette guerre: au début du conflit fin février, deux bateaux de croisière de TUI, l’un à Abu Dhabi, l’autre à Doha, se sont retrouvés bloqués après la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran. Là, on n’est plus dans la théorie économique, on est dans la logistique à l’état brut, avec des itinéraires cassés, des rotations décalées et des coûts qui grimpent, souvent plus vite que les prix que l’on peut facturer au client final.
Dans la foulée, TUI indique avoir rapatrié environ 10.000 clients en mars, dont 5.000 Européens, ainsi qu’environ 1.500 membres d’équipage. Les deux navires ont finalement quitté le Golfe persique le 19 avril et doivent reprendre leurs itinéraires en Méditerranée à partir de mi-mai, une respiration bienvenue pour l’opérateur, même si la normalité du calendrier ne suffit pas à effacer les surcoûts ni la nervosité des réservations.
Reste cette réalité, un peu ingrate: le tourisme vit de désir, mais il dépend aussi d’un sentiment de sécurité qui peut se fissurer en une nuit. En suspendant ses prévisions de chiffre d’affaires et en resserrant sa fourchette de rentabilité, TUI acte que la saison se jouera autant sur les plages que sur les écrans d’actualité, avec une clientèle prête à partir, mais rarement prête à partir à n’importe quel prix ni vers n’importe quelle zone.
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