SNCF - l’Italie fait durer le bras de fer @wikipedia commons
SNCF - l’Italie fait durer le bras de fer @wikipedia commons

La SNCF s’impatiente. Alors que son trafic domestique a encore progressé cet été avec 25 millions de voyageurs (+2,4 %), son expansion européenne cale sur un dossier explosif : l’Italie. L’opérateur voulait lancer ses TGV M dès 2026 sur deux lignes phares (Turin–Milan–Rome–Naples et Turin–Venise), mais le projet est repoussé à 2027 faute d’accord sur les sillons et sur l’accès aux centres de maintenance.

Un blocage qui dure

Depuis un an, la filiale italienne de la SNCF a saisi le gendarme local de la concurrence, accusant la Ferrovie dello Stato de verrouiller le marché par une « stratégie d’exclusion ». Rien n’a bougé depuis. Les créneaux proposés par Rete Ferroviaria sont jugés « absolument inacceptables », à la fois trop rares et mal positionnés. Même problème pour l’entretien du matériel : aucune solution n’a encore été trouvée pour accueillir les 15 TGV à deux niveaux dans un dépôt italien. Face à l’immobilisme, Christophe Fanichet, patron de SNCF Voyageurs, s’est rendu à Rome fin juillet pour mettre la pression. La décision du régulateur italien est attendue à la mi-septembre, sans certitude qu’elle soit favorable à l’opérateur français.

La bataille des prix

Officiellement, la SNCF maintient le cap. « Il n’y a qu’une seule option pour 2027 : le lancement du service », affirme Christophe Fanichet. L’entreprise promet des billets 20 % moins chers que Trenitalia et Italo, avec pour objectif d’attirer jusqu’à 10 millions d’Italiens qui boudent encore la grande vitesse jugée trop chère. Les nouveaux TGV M, capables d’accueillir plus de 650 passagers, doivent servir de levier pour casser les prix et gagner rapidement des parts de marché. La filiale espère atteindre 15 % en dix ans, dopée par des péages ferroviaires 30 à 40 % moins chers qu’en France. En attendant, le marché italien reste fermé, malgré une demande croissante et des infrastructures loin d’être saturées. L’épisode illustre les difficultés d’un vieux monopole français à s’imposer, à son tour, sur le terrain des voisins européens. La bataille du rail transalpin ne fait que commencer.

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