Le pionnier américain des robots aspirateurs iRobot, connu dans le monde entier pour sa gamme Roomba, traverse l’une des plus graves crises de son histoire. Confrontée à une chute prolongée de ses ventes et à une concurrence devenue structurellement plus agressive, l’entreprise a officiellement déposé le bilan et engagé une procédure de restructuration qui la conduira à être intégralement rachetée par son principal créancier et sous-traitant, le groupe chinois Picea. Selon les informations communiquées par l’entreprise, un accord de reprise a été conclu avec ce partenaire industriel, chargé depuis plusieurs années de la fabrication des produits iRobot en Chine et au Vietnam. À l’issue de l’opération, iRobot deviendra une filiale entièrement détenue par Picea, tandis que ses actions seront retirées du Nasdaq, marquant ainsi la fin de sa cotation boursière. L’entreprise a tenu à préciser que, durant la procédure, ses activités se poursuivraient normalement. Les services numériques, l’application mobile, les mises à jour logicielles et les programmes destinés aux clients ne devraient pas être affectés à court terme. Cette continuité vise à rassurer les millions d’utilisateurs encore équipés de produits Roomba, dans un contexte où la marque reste fortement identifiée au marché des aspirateurs autonomes.
Un modèle fragilisé par la guerre des prix et l’imitation technologique
Derrière cette chute se cache une dégradation progressive mais profonde du modèle économique d’iRobot. L’entreprise, longtemps considérée comme l’innovateur de référence du secteur, a vu ses avantages technologiques s’éroder rapidement. Dans ses documents financiers récents, la direction expliquait que de nombreux concurrents étaient désormais capables de reproduire très rapidement les fonctionnalités développées par iRobot, tout en proposant des produits équivalents à des prix nettement inférieurs. Cette dynamique a été particulièrement visible sur les marchés asiatique et européen, où des fabricants concurrents ont multiplié les modèles connectés à bas coût, compressant les marges et réduisant l’attractivité des produits premium. Résultat, le chiffre d’affaires d’iRobot a reculé de plus de 23 % sur un an en 2024, à environ 682 millions de dollars. La tendance s’est encore aggravée en 2025, avec un recul proche de 25 % au troisième trimestre par rapport à la même période l’année précédente. À cette pression commerciale s’est ajoutée une fragilité financière croissante. Fin novembre, la dette contractée auprès de Picea atteignait plus de 161 millions de dollars, principalement liée aux coûts de fabrication. Cette dépendance industrielle s’est progressivement transformée en dépendance financière, rendant inévitable la reprise par le partenaire chinois.
L’échec du rachat par Amazon comme point de bascule
Le basculement définitif d’iRobot trouve également son origine dans l’échec de son rachat par Amazon. Annoncée en 2022, cette acquisition devait offrir à l’entreprise un nouvel élan, en l’adossant à un géant capable de soutenir ses investissements et de renforcer sa distribution mondiale. Mais début 2024, Amazon a finalement renoncé, faute de garanties suffisantes pour obtenir l’aval de la Commission européenne, inquiète d’un possible affaiblissement de la concurrence sur le marché des objets connectés pour la maison. Dans la foulée, iRobot avait lancé un plan de restructuration massif, prévoyant le licenciement de 350 salariés, soit près d’un tiers de ses effectifs. L’objectif affiché était de générer entre 80 et 100 millions de dollars d’économies. Ces mesures se sont révélées insuffisantes pour enrayer la spirale négative.
Un symbole de la recomposition industrielle du secteur
Le passage d’iRobot sous contrôle chinois illustre plus largement les recompositions à l’œuvre dans l’industrie de l’électroménager intelligent. Longtemps dominé par des acteurs occidentaux innovants, le secteur est désormais marqué par la montée en puissance de fabricants asiatiques capables de combiner production à grande échelle, maîtrise des coûts et rapidité d’exécution. Pour iRobot, cette reprise marque la fin d’une indépendance historique, mais aussi une tentative de survie dans un marché devenu extrêmement concurrentiel. Pour le secteur, elle confirme un basculement stratégique où l’innovation seule ne suffit plus face à la pression des prix et à la globalisation des chaînes industrielles.