Le coup de tonnerre est tombé cette semaine dans le prêt-à-porter français. À peine deux ans après avoir cédé Pimkie, la famille Mulliez, qui contrôle encore des enseignes comme Leroy Merlin, Kiabi ou Auchan, annonce qu’elle va saisir la justice. En cause, l’accord dévoilé mardi entre Pimkie et le géant asiatique Shein, partenariat jugé totalement contraire à l’esprit de la cession conclue en 2023. L’association familiale Mulliez dénonce un usage « manifestement contraire » des fonds d’accompagnement mis sur la table lors de la reprise, soit environ 140 millions d’euros. Ces sommes devaient servir à garantir la pérennité d’une enseigne autonomisée, responsabilisée et recentrée sur son marché. Les ex-propriétaires estiment aujourd’hui que l’alliance avec Shein dévoie cette finalité et ouvre la voie à une dilution de la marque dans la machine mondiale du fast fashion.
Shein Xcelerator, l’accélérateur qui fâche
Pour Pimkie, ce partenariat devait pourtant apparaître comme une bouée de sauvetage. Grâce au programme « Shein Xcelerator », la marque française doit bénéficier de la logistique colossale du groupe chinois : production à la demande, distribution en ligne, visibilité dans 160 pays. De quoi transformer une enseigne en difficulté, marquée par deux plans sociaux et une procédure de sauvegarde, en candidate à l’internationalisation. Mais le secteur de l’habillement français a immédiatement crié au scandale. Plusieurs fédérations y voient une alliance « déshonorante » avec l’une des plateformes les plus contestées au monde, accusée de dumping social et environnemental. Mardi encore, elles cosignaient avec leurs homologues européennes une lettre appelant Bruxelles à agir d’urgence contre la mode ultra-éphémère alimentée par Shein, Temu ou AliExpress.
Colère des fédérations et bataille juridique à venir
Mercredi, la Fédération française du prêt-à-porter féminin a exhorté la direction de Pimkie à renoncer purement et simplement à cet accord. Pour la famille Mulliez, la riposte se jouera devant les tribunaux. Sa société Suramac a confirmé qu’une procédure allait être lancée, visant à contester la manière dont les repreneurs utilisent l’argent de la cession. Dans ce bras de fer, Pimkie reste silencieuse pour l’instant. Fondée en 1971, l’enseigne compte encore près de 200 magasins en France et plus de 700 salariés. Mais son image, déjà fragilisée par des années de difficultés, se retrouve désormais coincée entre une famille d’industriels offensée, un secteur textile en révolte et un partenaire chinois dont la réputation crispe jusqu’à Bruxelles.