À l’heure où les rendements s’effritent, le Livret A peine à séduire. Avec une nouvelle baisse de taux annoncée pour début août, il ne devrait plus rapporter que 1,70 %. Un seuil historiquement bas, loin de l’époque où son taux culminait à 3 %. Pourtant, malgré ce recul, il conserve de sérieux arguments pour rester une option solide d’épargne de précaution. Le contexte économique donne le ton. L’inflation ralentit nettement en 2025, atteignant seulement 0,88 % sur le premier semestre, deux fois moins qu’au second semestre 2024. Ce ralentissement, salutaire pour le pouvoir d’achat, rend cependant l’épargne moins rentable. En application stricte de la formule de calcul, le taux du Livret A devrait donc mécaniquement chuter, tout comme celui du LDDS. Le LEP, quant à lui, passerait de 3,50 % à 2,20 %, sauf éventuel coup de pouce de l’État. La Banque de France tranchera dans les jours à venir.
Une rentabilité modeste mais réelle
Deux baisses de taux en un an : 2025 marque une rupture. En février, le Livret A était déjà passé de 3 % à 2,40 %. Sur l’année entière, son rendement moyen tournera autour de 2,15 %, contre 3 % en 2024. Résultat : les Français boudent le produit. Entre janvier et mai, la collecte nette a plafonné à 2,75 milliards d’euros, contre près de 9 milliards sur la même période un an plus tôt. Dans le même temps, l’assurance vie a raflé la mise, avec une collecte de 22,4 milliards d’euros, soit dix fois plus. Mais un chiffre change la donne : le rendement réel. Corrigé de l’inflation, le Livret A affiche actuellement +1,50 %, ce qui en fait une bien meilleure affaire qu’en 2023, où il offrait 3 %… pour une inflation de 6,30 %. À l’époque, son rendement réel plongeait dans le rouge (–3,30 %). Aujourd’hui, avec une inflation basse, il protège à nouveau efficacement l’épargne de précaution des ménages. D’autant que ses autres atouts restent intacts : capital garanti par l’État, liquidité immédiate, rémunération nette d’impôts. Pour Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste chez BDO France, ce sont même ces qualités-là – sécurité et accessibilité – qui motivent en priorité les épargnants, loin devant le rendement. Le Livret A finance aussi l’économie réelle : logement social, PME, initiatives publiques… Contrairement aux idées reçues, l’argent qu’il abrite n’est pas stérile. Il reste l’outil idéal pour mettre de côté trois à six mois de revenus, prêts à être mobilisés en cas de coup dur.
Un outil à compléter, pas à enterrer
Ce qui pose problème, c’est sa vocation à long terme. Pour un projet immobilier, les études des enfants ou la retraite, il montre vite ses limites. À titre de comparaison, une assurance vie diversifiée a rapporté 5,39 % nets de frais (hors fiscalité) par an sur les dix dernières années, selon L’Observatoire des produits d’épargne financière. Le Livret A, lui, plafonnait à 1,20 %. D’autres options permettent de mieux valoriser son capital dans la durée, comme le PEA, qui allie potentiel de performance et avantages fiscaux, tout en orientant l’épargne vers l’économie française ou européenne. La conclusion est donc claire : le Livret A n’est pas un placement obsolète, mais il n’a jamais été un outil de valorisation. Il reste une base sûre, à condition de ne pas en faire un refuge unique.