Le réacteur EPR de Flamanville a franchi une étape symbolique et industrielle majeure en atteignant pour la première fois 100 % de puissance nucléaire. Cette montée en charge complète, annoncée par EDF, marque l’aboutissement d’une phase clé du programme de démarrage du réacteur normand, plus de douze ans après la date initialement prévue pour sa mise en service. À 11h37, Flamanville 3 a produit une puissance électrique brute de 1 669 mégawatts, quelques jours seulement après avoir reçu l’autorisation de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection pour dépasser le seuil des 80 %. Ce passage à pleine puissance intervient dans un contexte très particulier pour l’industrie nucléaire française. Flamanville 3 est le premier réacteur nucléaire à démarrer en France depuis près d’un quart de siècle. Son histoire est marquée par des retards successifs, des difficultés techniques et une explosion des coûts, faisant de ce chantier un symbole à la fois des ambitions industrielles et des fragilités du modèle nucléaire hexagonal.
Un réacteur longtemps attendu, entre prouesse technique et dérive budgétaire
Raccordé au réseau électrique en décembre 2024, Flamanville 3 a accumulé plus d’une décennie de retard par rapport au calendrier initial. Le projet, lancé avec un budget prévisionnel de 3,3 milliards d’euros, a vu son coût s’envoler au fil des années. Selon les dernières estimations de la Cour des comptes, la facture atteindrait désormais près de 23,7 milliards d’euros, aux conditions économiques de 2023. Cette dérive financière a nourri de nombreuses critiques, tant sur la gouvernance du projet que sur la capacité de la filière à maîtriser des technologies de nouvelle génération. Malgré ces controverses, EDF insiste sur le caractère structurant de cette montée en puissance. L’atteinte des 100 % permet de tester l’ensemble des équipements dans des conditions nominales, de procéder à des relevés détaillés et de vérifier le bon fonctionnement des systèmes de sûreté et de production. Cette phase ne marque pas encore une exploitation commerciale stabilisée. Dans les semaines à venir, la puissance du réacteur sera volontairement modulée afin de poursuivre les essais à différents paliers, conformément au programme de démarrage validé par les autorités de sûreté. L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection avait donné son feu vert quelques jours auparavant pour franchir le seuil des 80 %, estimant que les conditions de sûreté étaient réunies. EDF avait alors indiqué mobiliser ses équipes pour atteindre la pleine puissance avant la fin de l’automne, un objectif désormais concrétisé.
Un enjeu stratégique pour le système électrique français
La puissance annoncée correspond à la production électrique brute du réacteur. Une partie de cette énergie est toutefois consommée par l’installation elle-même pour assurer son fonctionnement, ce qui explique l’écart avec la puissance nette effectivement injectée sur le réseau national. Une fois pleinement opérationnel, l’EPR de Flamanville est destiné à devenir le réacteur le plus puissant du parc nucléaire français. Construit sur la côte normande, face à la Manche, aux côtés de deux réacteurs plus anciens, Flamanville 3 doit à terme être capable d’alimenter l’équivalent de deux millions de foyers. Dans un contexte de transition énergétique et de tensions récurrentes sur l’approvisionnement électrique, cette capacité est présentée par EDF comme un atout majeur pour la sécurité énergétique du pays. Cette première atteinte de la pleine puissance ne met cependant pas un terme aux débats. Pour ses défenseurs, elle démontre la capacité de la filière à mener à bien des projets complexes et à relancer la production nucléaire en France. Pour ses détracteurs, elle ne fait pas oublier les retards accumulés ni les surcoûts massifs supportés par la collectivité. Flamanville 3 s’impose ainsi comme un jalon incontournable, à la fois technique, industriel et politique, dont les enseignements pèseront lourdement sur les futurs projets nucléaires annoncés par les pouvoirs publics.