La dynastie Hermès détrône Bernard Arnault au sommet des fortunes françaises
La dynastie Hermès détrône Bernard Arnault au sommet des fortunes françaises

C’est un renversement symbolique dans le gotha du capitalisme français. Pour la première fois depuis 2017, Bernard Arnault perd sa couronne de première fortune de France. Le dernier classement établi par le magazine Challenges de ce 10 juillet consacre la famille Hermès et ses quelque cent héritiers au rang de plus grande fortune hexagonale. Leurs actifs, majoritairement composés de 66,7 % du capital de la maison de luxe éponyme, sont évalués à 163,4 milliards d’euros, en hausse de 5 % sur un an. À l’inverse, Bernard Arnault, à la tête de 48 % de LVMH, voit sa richesse chuter de près de 39 %, pour s’établir à 116,7 milliards. Ce déclin reflète une année délicate pour le géant mondial du luxe, dont le résultat net a reculé de 17 % en 2024. À l’opposé, Hermès a vu son bénéfice net progresser de 6,8 %, porté par une stratégie exclusive et une croissance moins exposée au retournement du marché mondial.

Le luxe toujours en haut du panier, mais en recomposition

Derrière ce changement de tête, Challenges souligne une recomposition à l’œuvre dans l’univers du luxe. L’année 2024 a marqué un ralentissement de la croissance dans ce secteur. LVMH, malgré ses 85 milliards d’euros de chiffre d’affaires, a vu sa valorisation boursière s’effriter de 25 %. Hermès, plus agile avec ses 15,2 milliards de revenus, a au contraire séduit les marchés, dopant l’actif net de ses actionnaires familiaux. Cette recomposition impacte aussi d’autres fortunes historiques : la famille Pinault (Kering) glisse de 23,6 à 15 milliards d’euros. Les frères Wertheimer (Chanel) voient leur patrimoine fondre de 115 à 95 milliards. Même tendance du côté de la famille Bettencourt (L’Oréal), dont la fortune s’établit à 73,8 milliards contre 84,1 l’an passé.

Un basculement dans l’histoire des grandes fortunes

En trente ans, les profils des plus riches Français ont radicalement changé. « À l’époque, la grande distribution dominait, aujourd’hui, c’est le luxe », rappelle Pierre-Henri de Menthon, directeur de la rédaction de Challenges. Si des noms historiques comme la famille Mulliez (Auchan, Decathlon, Leroy Merlin) occupent encore le top 10, avec 25,9 milliards d’euros, ce sont désormais les géants du luxe qui occupent les premières marches du podium. Ce basculement est mis en scène dans une édition anniversaire de 400 pages, tirée à 200 000 exemplaires, sans photo de milliardaire en couverture, un clin d’œil aux controverses éditoriales de l’an dernier autour de Bernard Arnault. Reste que, dans un contexte où la concentration de la richesse alimente les débats, ce palmarès illustre autant la réussite économique que les tensions qu’elle suscite.

Partager